POURQUOI CE BLOG ?

Ce blog est destiné à donner un avis sur des films récents. Cela permet de partager une passion commune que l'on n'a parfois pas le temps de faire à cause de nos emplois du temps (sur)chargés.

La crise sanitaire ayant eu raison des cinémas et des programmations, des films un peu antérieurs à 2020 peuvent être évoqués dans l'actualité.

Bonne visite
Wilfrid RENAUD

lundi 20 décembre 2021

SPIDERMAN : NO WAY HOME






Article de Frédéric SERBOURCE

À la fois vingt-septième long-métrage du MCU, quatrième film de la Phase IV et troisième opus des aventures du Tisseur incarné par Tom Holland, "Spider-Man : No Way Home" débarque enfin en salles entouré d'une hype comme ce large univers super-héroïque n'en avait plus connu depuis un long moment, en particulier avec le début de cette nouvelle phase au cinéma qui oscillait jusqu'alors entre l'anecdotique ("Black Widow"), le divertissant ("Shang-Chi...") et le clivant ("Les Éternels" que l'on a beaucoup aimé). On peut aisément le comprendre car, en plus d'avoir l'honneur de jouer enfin avec la notion de Multivers sur le grand écran après que la série "Loki" en ait établi les bases auprès du public, ce nouveau volet consacré au Spider-Man du MCU est censé représenter un véritable feu d'artifice pour tout fan de l'Homme-Araignée prêt à assister au fracas forcément jouissif des différents univers cinématographiques l'ayant mis en scène en live-action depuis 2002 (et à toutes les surprises que cela peut induire). Par ailleurs, ce long-métrage se focalisant plus radicalement sur le Spider-verse que ses deux prédécesseurs est peut-être aussi le moyen d'affirmer l'identité d'un super-héros qui a finalement évolué au sein des films de Jon Watts souvent au plus près des événements du MCU -dans l'ombre de l'image imposante de son mentor Tony Stark notamment- avec pour spécificité un ton plus adolescent et désinvolte certes sympathique mais encore loin d'exploiter la plénitude de l'aura et du monde si uniques de l'Homme-Araignée que la trilogie originelle de Sam Raimi avait su par exemple si bien saisir pour en devenir la référence au cinéma.
Bref, les grandes espérances véhiculées par ce "Spider-Man: No Way Home" appelaient de grandes ambitions pour les concrétiser et, avec des bandes-annonces faisaient déjà monter la sauce en dévoilant peu à peu le retour de vilains cultes, autant dire que les araignées semblaient s'aligner pour tisser la meilleure des toiles...
Débutant directement à la suite des derniers instants de "Far From Home", et donc de la révélation-choc de l'identité de Spider-Man au monde par un Jonah Jameson toujours aussi irascible en blogueur complotiste, "No Way Home" place Peter Parker au pied du mur après le dernier vilain tour posthume que lui a joué Mysterio. Le temps de l'insouciance semble en effet se terminer pour l'adolescent car, si la première partie du film (clairement la plus faible) s'attache à conserver le ton léger de teen-movie propre à la saga de Jon Watts pour passer en revue toutes les têtes connues du monde du jeune super-héros devant la déflagration que représente la découverte de sa double-vie, elle sert avant tout à l'emmener vers une solution tout aussi facile que radicale pour tenter d'en réparer les effets dévastateurs. Une solution qui, bien évidemment, fait entrer en scène la magie de Docteur Strange et des conséquences encore bien plus terribles... 
 
 
On aurait pu craindre que Strange devienne une nouvelle fois une figure tutélaire pour Peter, un nouveau Stark en somme, plaçant encore Spider-Man trop sous la coupe d'un autre héros du MCU, mais, sur ce point, le film fait le bon choix de, d'abord, renouer avec la légèreté de caractère du personnage de Strange (un peu oubliée depuis le film qui l'a introduit) et de l'associer à la naïveté de Peter dans le but, ensuite, de faire complètement évoluer la relation de ce duo face à la manière de gérer les conséquences de leur acte déraisonné. Plaçant le sorcier en "gardien du temple cosmique" prêt à tout pour réparer les dégâts, le film lui oppose la bonté héroïque d'un Peter Parker qui cherche toujours à se rattraper et à panser les plaies de son affrontement avec Mysterio sur des adversaires venus d'univers bien connus. Alors, certes, à bien y regarder, les principaux mouvements de ce tandem et, plus globalement, de l'intrigue du long-métrage ressemblent à une boucle d'agissements sacrément irrationnels afin de mettre le monde en danger de façon trop irréfléchie, mais ils correspondent quelque part à des ficelles naïves (faciles diront sans doute certains), très "comicsiennes", et donc pardonnables pour mettre en avant le parcours plutôt bien construit de Peter Parker vers une forme de gravité plus adulte par de nombreuses rencontres et de confrontations qui vont n'avoir de cesse de combler tout aficionado de "Spider-Man"...
Sur la teneur des surprises que le film réserve (et il y en a tout de même beaucoup), on n'en dira pas plus. Forcément, si vous en suivez l'actualité de très près depuis longtemps, le terme "surprise" sera probablement trop grand au sujet d'événements majeurs mais la promesse d'une jubilation de tous les instants à leurs apparitions sera à chaque fois tenue (surtout, si vous le découvrez dans une salle pleine à craquer, les acclamations à tout rompre d'un public en communion ne pourront que vous en convaincre !). L'hommage aux aventures de l'Homme-Araignée sur grand écran se fera évidemment par une bonne dose de nostalgie, de clins d'oeil, de combats ou de rédemptions que l'on aurait jugés encore impossibles il y a peu, de traits d'humour savoureux sur l'improbabilité d'une telle aventure... Bon, sur ce dernier point, reconnaissons que le film en fait encore une fois trop (à croire que le MCU fait une fixette sur les personnes âgées pour créer un décalage comique par exemple, on avait déjà le cas récemment dans "Les Éternels"), les remarques badines d'un héros comme Spider-Man -et ici jeune de surcroît- le justifient peut-être plus que pour d'autres confrères du MCU mais on aurait aimé parfois plus de sérieux, plus d'échanges profonds pour mettre en relief l'importance de certaines situations. Car, quand il se veut plus grave, ce "No Way Home" vise juste, se recentrant sur l'évolution de son héros pour lui faire tourner une page, celle de cette trilogie sur son adolescence, et l'emmener vers un avenir où Peter Parker doit désormais apprendre à se définir sous un jour nouveau à l'aune de ces épreuves sans précédent.
On aurait aussi d'autres reproches à formuler envers "No Way Home", comme d'en rester visuellement à des canons trop standards du MCU alors que Jon Watts avait semblé mettre la barre un peu plus haute lors des combats atypiques avec Mysterio dans le deuxième film ou encore le traitement inégal de la flopée de vilains VIP mais, dans le fond, si le flacon n'est parfois pas à la hauteur, l'ivresse est bien là, la multitude de sourires de gosse que le film nous colle généreusement nous suivent bien après la séance et il est clair qu'on n'aura pas ressenti une telle ferveur pour un film Marvel durant sa projection depuis au moins la bataille finale de "Avengers: Endgame", c'est dire et jusque dans la deuxième "scène" post-générique proposée de surcroît !
Oui, "No Way Home" aura régalé, aura tenu ses principales promesses et nous aura même donné hâte de découvrir la suite des aventures de ce Peter Parker à jamais chamboulé par le caractère inédit de ce périple dans les failles du Multivers. Vivement que les frontières de ce Spider-Verse s'élargissent à nouveau !
 
 

samedi 18 décembre 2021

LE DERNIER DUEL




Article de Johannes ROGER

En 1386, en Normandie, le chevalier Jean de Carrouges, de retour d'un voyage à Paris, retrouve son épouse, Marguerite de Thibouville. Celle-ci accuse l'écuyer Jacques le Gris, vieux rival du chevalier, de l'avoir violée. Le Gris se dit innocent. L'affaire remonte jusqu'aux roi Charles VI doit décider s'il y aura un « procès par le combat », selon le souhait du chevalier. Ce duel est censé déterminer la vérité. Si son mari est vaincu, Marguerite de Thibouville sera brûlée vive pour fausse accusation.
Par bien des aspects « Le dernier duel » possède pas mal de points communs avec le premier film de Ridley Scott « Les duellistes » à ceci près qu’on ajoute ici à ce combat de coq un point de vue féminin.
Raconté comme « Rashomon » de Kurosawa, le film se décline en trois chapitres, chacun d’eux livre la version d’un des protagonistes. Scott et ses scénaristes affirmant, par l’entremise d’un carton, que la dernière version, celle de Margueritte, est bien la vérité.
En effet les hommes ne sortent pas grandis de ce récit. Grossiers, arrogants, égoïstes, rustres et violents, dans ce monde les femmes n’ont qu’une place subalterne, tout juste servent-elles de monnaie d’échange entre gens de la noblesse. L’amour courtois y est un mythe, Jean chevauche sa femme comme un bœuf croyant lui donner du plaisir, Jacques prend ce qui lui semble dût par la force, pensant être dans son bon droit.

On voit bien que le film résonne avec des problématiques et des combats sociétaux très actuels, portés par la nouvelle vague féministe.
Scott avait déjà traités ces thèmes avec « Thelma et Louise », à 84 ans il n’a rien perdu de son acuité, ni de sa virtuosité sur la forme. Tout féministe qu’il est, le film reste aussi un grand spectacle viril par moment. Le duel final est même d’une violente sauvagerie.
Echec public injuste au Etats-Unis, échec relatif en France, on espère que ce revers ne sonnera pas le glas des grands projets ambitieux tournés pour le grand écran à Hollywood.
 
Article complémentaire de Jacques COUPIENNE 

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est toujours très en forme le père Scott : reconstitution soignée, filmage ample et resserré quand il le faut, magnifique photographie, acteurs parfaits (à l'exception de Ben Affleck mais on en a l'habitude) et fond disons ... "Universel".
Bien sûr, comme c'est désormais la coutume, les nostalgiques d'un certain cinéma d'exploitation unidimensionnel et machiste vont critiquer ce qu'ils appelleront le côté "woke" du discours tout en oubliant - ou feignant d'oublier -que Scott a toujours placé la femme au centre de son œuvre (rappelons nous d' "Alien" ou de"Thelma et Louise" entre autres ...) et que Sir Ridley se montre ici tout sauf manichéiste dans son approche grâce à cette triple - et légèrement décalée à chaque fois - manière de présenter les événements qui ont amené à ce duel final ...
Superbe film !!

vendredi 17 décembre 2021

MALIGNANT


Bienvenue à Eric Beauvillain. 

Nouveau chroniqueur et "collègue théâtral" depuis quelques années, avec qui j'avais écrit une saynète à quatre mains, l'homme a du style et de l'humour. Au besoin allez faire un tour sur son site pour vérifier  : AMATHEUS

Article d'Eric BEAUVILLAIN 

En général, quand on a vu un film d’horreur, on en a vu un paquet d’un coup. Les zombis vont plus ou moins vite, les vampires ont des dents plus ou moins grandes, les slashers se cachent derrière une porte ou une armoire… Mais les trames restent les mêmes. Un des derniers films qui m’avait marqué, par son originalité et sa qualité, c’était Saw, de James Wan. Il faut croire que j’aime son travail puisque j’ai adoré Malignant. On ne s’étonnera donc pas que j’en vante à peu près tous les aspects de façon totalement subjective… A commencer par l’histoire. J’ai été pris dès le départ, par ce mari violent, ces évènements qui ne sont pas reliés, cette créature… Je trouvais chaque scène intéressante et mystérieuse – et d’autant plus quand elles se justifient finalement alors qu’on ne comprend pas ce qui se passe au départ, en quoi des choses peuvent être relié, quel intérêt à certaines scène… Mais le film a cette qualité de réunir tout ce qu’elle a présenté avec une explication solide, comme des pièces de puzzle qui ne laisse pas deviner l’ensemble mais le révèle une fois toutes assemblées ! Une histoire solide, donc… Et originale. Parce qu’on peut se dire qu’on a déjà vu quelque chose qui peut ressembler à certains passages, mais j’ai trouvé l’ensemble très frais. Et jusqu’au bout, avec son lot de surprises auxquelles je ne m’attendais pas et qui répondent à des questions qui ne me semblaient pas justifiables… Et si ! Alors oui, ça n’a rien de crédible et on pourrait se dire que c’est tiré par les cheveux (ahaha)… Mais on est dans un film d’horreur… Et si, pour certains, je peux avoir des réserves, trouver des choses faciles ou illogiques, j’ai été satisfait d’un bout à l’autre par les révélations de celui-ci. 



Côté image, j’ai trouvé ça particulièrement soigné. On a, assez souvent, un joli travail sur les lumières, que ce soit dans le sombre pour l’ambiance, les rues, le repaire comme pour les moments lumineux. Ressort de ce film l’impression d’un grand travail sur les détails pour rendre réaliste chaque endroit, de la chambre d’hôtel à la maison. Quant à l’hôpital, extérieurement, il est magnifique ! Et puis ces plans… Au-delà de l’efficacité de l’ensemble, on est gâté par quelques vues du dessus impressionnantes, des courses-poursuites accrocheuses… Qui mettent également en valeur les effets spéciaux. Là encore, les quelques effets gores sont parfaits pour donner un sentiment de réalisme malgré l’incongruité de la chose. Et les changements de lieu sont époustouflants. J’ai été totalement happés par l’esthétisme du film, efficace sans être racoleur à mon goût. Les comédiens remplissent pleinement leur tâche et la Créature est excellemment interprétée – on a l’impression d’être dans le Matrix de l’horreur pour l’esthétisme fluide des mouvements ! Pour parfaire le tout, on a une bande-son et une musique qui fait totalement le job, elle englobe le tout pour donner de l’ampleur sans pour autant être trop présente. Bref, Malignant, un film que j’ai trouvé visuellement envoûtant dans une histoire mémorable, originale et qui n’hésite pas à aller au bout de ses idées, avec des effets visuels épatants et des explications solides à tout ce qui est posé.

 

 

 

 

 

jeudi 16 décembre 2021

WEST SIDE STORY

Article de Frédérique BADOUX

J’étais plutôt sceptique à l’annonce d’un remake du grand classique, même si Spielberg est une valeur sûre. Pourquoi refaire ce qui est déjà grandiose ?

Quand je vois la daube qu’on a tiré de mon western adoré « Les sept mercenaires », de la même époque que West Side Story, à l’origine sur une musique originale de Bernstein (Elmer) inimitable...Mais j’étais curieuse, aussi, de voir comment maître Spielberg reforgerait ce matériau précieux.En sortant du cinéma, je marchais sur un nuage, l’âme comblée et le cœur débordant.

 

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un remake, de toute évidence, mais d’une nouvelle production, un peu comme la reprise d’une pièce de Broadway à Londres, l’interprétation d’une symphonie célèbre et bien aimée par un autre orchestre sous la baguette d’un nouveau chef, la direction d’un ballet dansé par une nouvelle troupe dirigé par un autre chorégraphe. L’œuvre d’origine est traitée avec beaucoup de respect, je dirais même avec vénération. Pas de remise au goût du jour, pas de torsion pour plaire au marketing d’un certain public, pas de fan service. Voilà qui nous fait des vacances !








Steven Spielberg s’est simplement fait plaisir. Mettre en scène une comédie musicale était un rêve qu’il couve depuis longtemps. Et quand Spielberg se fait plaisir, c’est nous qui jouissons. Il peut se permettre un tel caprice, il dispose des moyens financiers et de compétences à la hauteur du chef d’œuvre d’origine !

La musique est toujours celle de Bernstein (Léonard), intacte et sublime. Les paroles de Stephen Sondheim sont inchangées et toujours aussi poétiques que puissantes. La chorégraphie est fidèle à l’esprit du West Side Story de 1961. On reste dans les sixties. Pas besoin de transposer cette tragédie romantique intemporelle, ni d’altérer une narration dont le propos est curieusement actuel, à l’heure où l’identité nationale, l’immigration et la xénophobie sont sur les lèvres de nombres de politiciens. Avoir conservé l’époque renforce même le sujet parce que les similitudes nous frappent de plein fouet !

La petite touche LGBTQ est également très pertinente, tout en subtilité.

Même la scène des mauvais garçons, placée dans les locaux de la police de quartier, évoque les dédales de l’administration et la violence institutionnelle de la société d’hier comme d’aujourd’hui, les jeunes en décrochage étant trimbalés du commissariat au tribunal en passant par l’assistance sociale et l’évaluation psychiatrique. Les paroles de cette scène chantée sur le ton de l’ironie sont d’une telle justesse !

La griffe de maître Spielberg réside dans la relocalisation de certaines scènes, dans l’ordre des chansons, et ces choix sont tous judicieux, et surtout dans la manière de filmer !

L’œuvre d’origine était assez statique. Les caméras de l’époque étaient lourdes et fixes. Ici, Spielberg nous offre de danser et de virevolter avec les acteurs. Au lieu des plans fixes ou des traveling rectilignes d’antan, on survole les rues et les places, on rase les murs, on se précipite, on se cache, on plonge, on épie, on se jette dans la mêlée ou on s’en échappe... Plusieurs fois je me suis dit que Spielberg avaient dû mettre la caméra sur un drone télécommandé tellement elle est mobile. Les chorégraphies y gagnent en énergie et en expressivité, les scènes de dialogue (parlé ou chanté) en intimité ou en force, et les scènes dramatiques vous emportent littéralement.

Le directeur de la photographie, Janusz Kamiński, collaborateur attitré de Spielberg, a pris son pied ! Les textures, les couleurs, les ombres... Un seul mot me vient à l’esprit : transcendance !

Le décors du quartier en démolition me fait penser à la décrépitude d’une civilisation qui, au lieu de se questionner, d’adresser la causalité, va opérer un simple upgrade du système d’exploitation et reconstruire du neuf sur du vieux, espérant chasser les problèmes un peu plus loin, un peu plus tard, éparpillant ses victimes pour les neutraliser dans l’impuissance. On sent bien, à travers cette histoire du West Side, que les loubards sont des produits du système, et qu’ils le savent. Ils se débattent chacun à leur manière. 

 
 
Comme à son habitude, Spielberg ne nous dit rien. Il nous laisse le soin de philosopher sur ce qu’il nous donne à voir. Ou pas. C’est la qualité première d’un excellent narrateur.

J’avais craint, durant les premières minutes, que les nouveaux acteurs ne fassent pas le poids. Difficile d’égaler le charisme de George Chakiris (Bernardo en 1961)), le charme de Richard Beymer (Tony), l’énergie de Rita Moreno (Anita) – qui joue d’ailleurs le rôle de Valentina, dans la version de Spielberg, à la place de Doc.

Les personnalités sont ici plus mesurées, l’interprétation est moins intense, moins empruntée aussi, mais admirable et parfaitement dirigée. Ansel Elgort (Tony), qui sort de la même école d’art dramatique, même promo, que Timothée Chalamet, soit dit en passant, incarne très bien le jeune homme en pleine introspection, tiraillé entre ce qu’il veut devenir et le contexte social qui l’a forgé. Il chante et danse comme un pro.

Maria est toujours aussi douce et discrètement brillante. Elle fait penser à ces jeunes filles trop intelligentes pour leur milieu, incertaines de la manière dont elles doivent se comporter parce qu’en s’affirmant, elles risqueraient de brûler leur entourage. L’actrice Rachel Zegler a une voix d’ange !(dans la version d’origine, les acteurs étaient doublés pour les chants). De plus, le casting est authentique : les portoricains sont tous interprétés par des acteurs hispaniques, Spielberg y tenait.

Certains aspects sont trop soudains, à mon goût, ou trop banalisés, psychologiquement discordants : le coup de foudre (où sont l’éclair et le tonnerre ?), la (non)réaction de Maria à la mort de son frère... Mais on passe facilement là-dessus. À comparer avec un éventuel director’s cut...

Donc oui, on peut saluer l’initiative et se rassurer : cette version ne tue pas la précédente, elle rend hommage à la comédie musicale West Side Story avec tout le talent qui caractérise Steven Spielberg.

Je retournerai voir ce joyau la semaine prochaine, une ou deux fois au moins !

 





Article complémentaire de Johannes ROGER
Je dois bien avouer que je faisais parti des septiques quand au projet de faire un remake de « West Side Story », pourquoi refaire un film parfait en l’état ? Ce scepticisme fut balayé des les cinq premières minutes du film, giflant au passage le vieux cinéphile conservateur qui sommeillait en moi. L’introduction du film de Wise est iconique, une succession de plans aériens de New-York, un homme qui siffle une mélodie comme un signal de ralliement, et l’on plonge dans la guerre des gangs. Spielberg lui, ouvre son film sur un champ de ruine, des jeunes gens qui dansent sur un tas de gravats, un territoire où tout est déjà perdu. Idée de génie qui donne le ton des le départ et qui permet par la même occasion de faire table rase du passé. Cette version sera plus dure, plus violente, plus engagée. 
 
 
L’époque a changée, mais les problèmes sont les mêmes, ils se sont juste accentués. La mise en scène rend compte de cet état de fait à chaque plans, Spielberg n’ayant pas perdu sa passion pour le cinéma. Le film traite donc du racisme, mais aussi de la misère sociale et de la condition des femmes. Dans l’original la chanson « Somewhere - (There's A Place For Us) » était interprétée par le couple d’amoureux, se demandant s’il existait un endroit dans le monde où ils pourraient vivre leur idylle, dans cette nouvelle version c’est une dame âgée , d’origine portoricaine (Rita Moreno qui jouait Anita dans la première version) qui chante seule ce morceau, le texte prend donc un tout autre sens, et questionne la place des minorités dans l'Amérique actuelle. Dans la scène du balcon Wise situe ses personnages face à face d’office, Spielberg lui les sépare avec des barreaux, l’un est en dessous l’autre au dessus, inaccessible... Aider d’un simple mouvement de caméra et d’une acrobatie de l’acteur, les deux amants arrivent à vaincre les obstacles et chantent à l’unisson. C’est ce qui fait la différence entre un bon cinéaste et un grand cinéaste.
Ce constant décalage et une foi indéniable dans la puissance de la mise en scène, cette foi qui manque à la plupart des productions hollywoodiennes actuelles, fait du « West Side Story » de Spielberg une œuvre à part entière qui résonne profondément avec les problèmes de son temps. On peut ajouter à cela un casting de jeunes talents incroyables, qui chantent et parlent dans leur langues d’origine, et l’on obtient l’une des plus belle proposition de cinéma vue sur un grand écran ces dernières années. Hélas une bonne partie du public lui préfère le dernier Spiderman, réalisé par un tâcheron anonyme. Après l’échec du film de Ridley Scott, cela sonne peut être le glas, momentané on l’espère, des productions ambitieuses à Hollywood.
 
 

mardi 16 novembre 2021

BEAUTIFUL BOY


 

Bienvenue à la nouvelle chroniqueuse de ce blog. Écrivaine et illustratrice ayant étudiée à l'académie des Arts de Namur. Hé oui, encore une passionnée qui nous vient de Belgique après Jacques Coupienne.

Elle nous livre ici un "vieux" coup de cœur puisque le film date de 2018

Article de Frédérique Badoux 

 






J’ai remarqué ce film en suivant de près la carrière de Timothy Chalamet après sa découverte dans « Interstellar », « Miss Steven » et « Call me by your name ». Ce jeune acteur à une telle présence à l’écran, il donne une telle portée aux personnages qu’il incarne, tout en sortant des stéréotypes hollywoodiens, que je suis tombée sous son charme.

Et avec « My beautiful boy », j’ai été complètement bluffée ! Ce film confirme le talent de Chalamet, mais m’a également fait découvrir Steve Carell, habituellement protagoniste de comédies américaines qui ne me font pas rire, dans un registre dramatique qu’il lui sied surprenamment très bien !

Je n’ai pas pus revoir « My beautiful boy » une seconde fois tout de suite, comme je le fais d’habitude pour mes coups de cœur : ce film me demande une bonne préparation émotionnelle, vu le sujet traité – l’addiction aux drogues dures – et pourtant, il ne succombe pas au sordide. Il touche juste, dans la transmission de son message, et c’est sans doute pour ça qu’il  atteint le spectateur sensible, quoique l’absence de sensationnalisme provoque certaines critiques ; le film manquerait d’inspiration derrière la caméra. J’ai éprouvé tout le contraire !

Précisons en passant que le réalisateur est belge et que son style n’est pas hollywoodien, ce qui peut décevoir les attentes considérant la distribution, les maisons de production et le fait que l’histoire se déroule à San Francisco.

 

Nick Stef et Timothy Chalamet
David Sheff est confronté à la lente déchéance de son fils, Nick, issu d’un premier mariage, et aux affres de la pire des drogues dures, le « cristal meth ». Il veut tout faire pour sauver son fils et en même temps, il doit préserver sa famille actuelle. « My Beautiful Boy » est adapté de deux livres autobiographiques de Nick Sheff : My Beautiful Boy, a father’s journey through his son’s addiction (« Mon beau garçon : l’expérience d’un père à travers l’addiction de son fils ») et Growing up on methamphetamines (« Grandir sous méthanphétamines »). Nick Sheff a d’ailleurs participé à la production en tant que consultant. Timothy Chalamet a beaucoup discuté avec lui de manière à endosser le rôle au mieux. L’acteur, qui n’est déjà pas bien épais, a même perdu du poids pour prendre l’apparence décharnée d’un addict.

La chronologie du film n’est pas linéaire. Elle est fondée sur les ressentis du père, David Sheff, qui associe souvent la situation présente aux souvenirs. Le chevauchement de scènes de périodes différentes permet une immersion dans la nostalgie du père, nostalgie qui lui sert souvent de moteur pour chercher à comprendre à la fois la drogue et son fils, mais qui nourrit aussi son angoisse et son sentiment d’impuissance. Ce chevauchement  crée également des intersections entre des mondes parallèles, le côté lumineux du fils rayonnant et épanoui et son côté obscur, dont le père n’avait même pas idée, la vie aisée de cette famille de la classe moyenne américaine et la plongée dans les recoins les plus noirs de la société, dont le père n’avait pas idée non plus.

La photographie joue avec les reflets dans les miroirs (personnages en réflexion, dans tous les sens du terme), avec les plans rapprochés ou larges et leur symbolisme, avec la lumières et les flous, pour un rendu contextuel et émotionnel rehaussant la narration.

On y rencontre les effets de la drogue et l’impact de l’addiction sur tous les membres de la famille : nervosité, angoisse, impuissance, abandon, euphorie, colère, moments de joie de vivre, solitude, confusion, questionnements…On y ressent surtout le sentiment de manque, autant celui du fils pour quelque chose que la drogue ne comble pas, que celui du père pour son fils qui lui échappe.

Question adaptation, même si je n’ai pas lu les livres, on devine qu’elle est le fruit d’une collaboration étroite entre auteur et réalisateur (et acteurs). Les interviews de l’équipe lors de la première le démontrent également. Le film donne à voir avec brio et en substance une histoire qui a duré près de dix ans et une vingtaine de cures de désintoxication de plus !

La musique est réduite à des chansons ou des sons qui parfois font partie de la scène et se prolongent à la scène suivante dans cet esprit de chevauchement chronologique et émotionnel, mais sans provoquer de rupture de ton. L’absence d’une BO telle qu’on en a l’habitude, composée spécialement pour le film, convient très bien à ce genre de narration intimiste et introspective.Le titre du film est aussi celui d’une chanson de John Lennon, qu’on entend évidemment plusieurs fois. Notons les dix dernières minutes du film recouvertes par le Largo de la symphonie n°3 d’Henrick Górecki, à couper le souffle !

L’ambiance du film est très réussie, le ton est juste et constant, la narration cohérente et l’interprétation magnifique. « My Beautiful Boy » parle de la drogue sans « sortir les violons », malgré l’intensité de certaines scènes. Il évite l’écueil de la critique sociétale et contourne le problème du trafic. Il préfère nous plonger dans les questions existentielles individuelles sans nous y noyer, sans nous assommer de dialogues moralisateurs et sans nous infantiliser. Il donne à voir les incertitudes de la parentalité : quand lâcher prise et quand intervenir ? Et jusqu’où ? Quelle est la part de responsabilité des parents quand la vie d’un enfant tourne au tragique ?

Il parle surtout d’amour inconditionnel.

D’ailleurs, l’amour paternel de David Sheff pourrait sembler irréaliste, idéalisé, si on ne savait pas que « My Beautiful Boy » est une histoire vraie ! 

On peut déplorer quelques longueurs, mais du début à la fin, ce film ne présente pas un seul moment qui soit faux ou manqué.

Je ne suis pas férue de drame, au cinéma, mais ce film accroche une place dans mon top 10 !


 

dimanche 7 novembre 2021

LES ETERNELS









 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Article de Frédéric Serbource
 
Vingt-sixième film du MCU, "Les Éternels" arrive avec la lourde tâche de rattraper le démarrage assez laborieux de la Phase 4 après l'anecdotique"Black Widow" et un "Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux" certes agréablement dépaysant mais ne constituant qu'une simple variation efficace d'origin- story comme les canons habituels de Marvel ont l'habitude de nous en offrir. Après ces aventures finalement très axées vers la Terre et des séries TV se révélant somme toute plus intrigantes que ces dernières quant à leur influence sur la suite des événements de cet univers, l'arrivée en nombre du groupe des Éternels au sein du MCU marque une étape importante dans l'exploration de sa dimension cosmique et, avec Chloé Zhao, sa réalisatrice récemment oscarisée, accompagnée d'un casting prestigieux, on peut dire que le grand manitou Kevin Feige a mis les petits plats dans les grands pour nous signifier l'importance de cette nouvelle direction inspirée de l’œuvre de Jack Kirby dans la Phase 4.
Ce qui frappe d'emblée est le gigantisme inédit de l'histoire des Éternels qui s'inscrit dans une dimension mythologique où presque la totalité des autres super-héros n'ont fait qu'évoluer au simple rang de fourmis jusqu'à maintenant.
Évidemment, on avait entendu parler des Célestes ici et là dans la quête des Pierres de l'Infinité mais le film de Chloé Zhao est le premier à remonter jusqu'à la genèse du monde marvelien (en faisant, fait assez inédit, appel à une ouverture à la tonalité biblique sous forme de texte qui ne peut que rappeler une autre saga des étoiles) pour imposer avec brio ce statut de dieux parmi les hommes incarné par les Éternels, créations des Célestes envoyées sur Terre pour nous protéger des monstrueux Déviants et que nous découvrons dans le cœur de l'action 5000 ans avant J.C. en Mésopotamie avec en prime leur premier contact avec notre espèce.
Mais, plus encore, le gigantisme de leur histoire est aussi temporel par le caractère justement éternel de ces personnages, des êtres surpuissants, aux physiques figés, qui ont traversé les siècles jusqu'à ce que le groupe se disloque à travers le globe une fois leur mission menée à bien. Avec l'émergence de nouveaux Déviants, une large partie du film va bien entendu être consacrée à rassembler ce petit monde en vue d'une terrible bataille et, par là même, à nous faire revisiter par l'intermédiaire de flashbacks le très long passé des Éternels parmi les différentes civilisations de l'Histoire avec, dans son sillage, la naissance de leurs doutes, voire de profondes failles pour certains, face aux dilemmes moraux les plus tragiques de leur position commune vis-à-vis de l'Homme.
Car, si tout a beau être empreint d'une immensité d'univers et de temps chez ces Éternels, Chloé Zhao n'oublie pas de mettre au cœur de son film les conflits paradoxalement si humains de ses héros, leurs interrogations sur leur place dans ce monde sont à chaque fois le moteur du récit, les obligeant à une perpétuelle remise en cause devant des événements qui n'ont de cesse de redéfinir l'ordre que tous croyaient établi. Rarement un film Marvel aura laissé autant vivre un ensemble de personnages, à la fois individuellement et en groupe, en conjuguant leurs tourments à une aventure qui, de fait, engendre bon nombre de moments d'émotions plus sincères qu'à l'accoutumée.
 
Un gars qui rappelle quand même un certain homme d'acier et un des célèbres X-men
 
 
 Et c'est d'ailleurs sûrement là que le long-métrage de Chloé Zhao fait le plus entendre sa voix dissonante vis-à-vis des autres films du MCU dont il conserve pourtant beaucoup de codes comme les inévitables respirations humoristiques (avec un humour la plupart du temps plutôt efficace) ou la nécessité de délivrer du grand spectacle pour rassasier les yeux du public (si on peut regretter que certains affrontements soient nocturnes, et donc moins lisibles, reconnaissons que Chloé Zhao s'en sort étonnamment bien pour ses premiers pas sur ce terrain, notamment lors de l'acte final qui enchaîne les morceaux de bravoure chorals et individuels).
Comme les Éternels aux regards influencés par l'humanité au fil du temps, le film conserve une patte purement Marvel que l'on connaît aujourd'hui si bien mais, au contact d'une auteure qui a choisi de la compléter plutôt que d'y disparaître, il en devient une œuvre à part du MCU, où la nécessité de faire du spectacle s'accompagne d'une volonté d'y juxtaposer une âme à la hauteur de la condition si unique de ses héros.
Pour preuve, même si les scènes post-générique régalent une fois de plus nos attentes comicsiennes, elles apparaissent bien fades face à la qualité de ce qui a précédé. Et, punaise, cela faisait un bon moment que cela n'était pas arrivé dans un film Marvel ! Ces "Éternels" viennent décidément bousculer le MCU pour le meilleur.

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