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Ce blog est destiné à donner un avis sur des films récents. Cela permet de partager une passion commune que l'on n'a parfois pas le temps de faire à cause de nos emplois du temps (sur)chargés.

Les coups de gueule contre les navets et les films qui n'ont pas affolés le cardiogramme ne seront pas évoqués. Il existe un très bon site pour cela : le site de NANARLAND

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Wilfrid RENAUD

dimanche 24 décembre 2017

STAR-WARS : LES DERNIERS JEDI








Rian Johnson avec Carrie Fisher sur le tournage des derniers Jedi.

Article de Wilfrid RENAUD
Quand j'ai su que Rian Johnson devait réaliser cet épisode 8, je suis retourné voir son film "Looper" et alors que j'avais moyennement apprécié, je l'ai réévalué à la hausse et en même temps entrevu le potentiel dramatique que pouvait apporter le réalisateur à une franchise qui peinait à trouver de nouvelles marques depuis sa vente à Disney.
La saga Star-wars avec ses hauts et ses bas est un petit objet cinématographique auquel je suis profondément très attaché, comme un totem-fétiche et comme certains fans, j'aime pas qu'on le tripote ou qu'on l'esquinte, d'où la confiance après le second visionnage du précédent film de Johnson.
Donc Rian Johnson, l'homme de la situation après J.J. Abrams ?
Assurément.
Si ce dernier avait fait le job mais façon fan-service, le nouveau réalisateur lui va prendre le risque de déstabiliser la saga, signant au passage aussi le scénario, en tordant le coup à tout ce qui semblait être convenu d'avance et en bottant en touche les spéculations les plus folles des groupies.
Vous trouvez que j'en dis trop ? Aller voir le film alors avant de continuer. je vais spoiler comme le pire seigneur des ténèbres, car impossible de partager l'impression générale sans rentrer dans les détails !
 
La petite Rey (Daisy Riley) a donc retrouvé Luke Skywalker. Exilé sur son île, celui-ci porte l'amertume de son échec avec son neveu Kylo Ren. Cette partie qui aurait pu ressembler à une variante de l'Empire contre attaque (Luke apprenant grâce à Yoda) est en fait plus maline qu'elle en a l'air. Elle parle de la légende qui n'est pas à la hauteur de l'homme. De l'arrogance de la réussite qui s'est effondré quand l'obstacle est devenu trop grand. Vieilli et usé, Luke Skywalker aspire à finir ses jours seul et en paix, refuse de la suivre et même de la former au départ.



Il faudra une petite scène, pleine d'émotions, quand Luke retrouvera R2D2 dans le Faucon Millenium et que celui-ci lui passera l'hologramme, où Leia trente ans plus tôt demandait le secours d'Obi-Wan Kenobi en concluant son message par : "Vous êtes notre seul espoir".
L'espoir, c'est définitivement ce qui va permettre aux héros de surmonter les nouvelles épreuves qui se dresseront devant eux. L'espoir et la ténacité. Car rien, absolument rien ne se déroulera comme prévu, certaines sous-histoires s'avéreront même complétement vaines au niveau narratif dans le contexte général, ne servant et c'est paradoxalement déjà beaucoup, qu'à renforcer les liens entre les personnages.
La première "victime" de ce remaniement draconien de la saga c'est Rey.
 Non, ce n'est pas la fille de Luke, ni la sœur de Kylo Ren, ni sa cousine, ni sa tante, ni son oncle qui a changé de sexe, n même la fille d'Obi-Wan....je rappelle aux fans hystériques que la différence d'âge entre les protagonistes rendait impossible cette dernière option.
Elle n'est rien dans la dynastie des Skywalker, mais elle possède la Force, du moins elle y est plus sensible que les autres. La Force n'est pas une hérédité qui se transmet de génération en génération, c'est une énergie qui nous entoure et qui les lie les choses. Et merci à Rian Johnson d'avoir su recadrer cet élément important de la saga, avec un certain malice dans la séquence sur l'ile.
La malice est d'ailleurs assez présente sur cet épisode, quelques touches d'humour même au plus fort de l'action, mais pour autant il y a aussi de vrais grands et beaux moments.
La mort de Carrie Fisher l'an dernier qui incarnait la Princesse Leia depuis 1977 donne un écho supplémentaire à certaines scènes.
"Que la Force soit avec vous".
Quand une autre figure de la Rébellion, termine cette phrase à sa place et qu'elle répond "oui...je l'ai assez prononcé". Il y a un passage de relais évident mais qui sonne comme une épitaphe. Son personnage est d'ailleurs à deux doigts d'être sacrifié dans cet épisode mais s'en sort-in extremis- avec l'aide de la Force. Si cela peut passer pour une facilité scénaristique au premier abord, je me suis dit que finalement beaucoup de choses, non-racontées, s'étaient passées depuis "le retour du Jedi" et explique ce twist aussi surprenant qu'émouvant.
Ses retrouvailles avec Luke sont aussi un moment d'une finesse rare et jamais atteinte dans la saga jusqu'à présent.



Adam Driver dans le rôle de Kylo Ren
Tout est chamboulé, la force des émotions, les personnages du passé qui s'envolent au fur et à mesure que les nouveaux arrivent. Celui qui gagne en puissance est Kylo Ren (le fils de Leia et Han Solo) qui après avoir tué son père dans le précédent opus, se débarrasse ici d'un mentor trop vaniteux d'une manière spectaculaire et radicale. Le fameux Snoke que les fans extra-lucides voyaient comme le nouvel Empereur ne sera pas au générique du prochain épisode. Merci à Andy Serkis d'avoir tout de même donné une consistance à un personnage aussi dangereux que malsain à travers encore le procédé de motion-capture.
Adam Driver  de son coté, donne l'étendue de son jeu dans ce personnage emblématique, toujours en proie au doute, qui tentera de convertir une Rey, trop idéaliste pour ses obscurs et rouges dessins.


 
Mes attentes concernant le personnage de Poe Dameron (Oscar Isaac) ont été comblées, sacrifié auparavant à un traitement trop convenu pour un acteur de cette trempe, il est ici le vilain petit canard, tête brulée flamboyante qui se fait remettre à sa place par une Leia matriarcale qui lui rappelle que l'impulsivité peut être catastrophique. Son personnage, fort de cette nouvelle expérience, sera sans doute être amené à évoluer encore dans le prochain opus.
Celui de Finn (John Boyega) en revanche stagne un peu, il est encore trop gauche dans son traitement pour être réellement pris au sérieux, malgré une amourette bienvenue avec la sympathique Rose (Kelly Mary Tran) qui montre la volonté de la production de faire un casting pluriculturel.

Ne cherchez pas le wookie dans ce casting entre les nouveaux et les anciens, notre Chebacca favori est réduit ici à de la simple figuration, trop de poils à gérer sans doute...Par contre, nous devrions revoir DJ, un espèce de hacker bègue à la gueule de bois permanente, interprété par Benicio Del Toro, dont la couardise n'a rien a envié à feu Han Solo dans sa période contrebandier.

 

Rien ne se déroulera donc comme prévu et le final dans le désert de sel, s'il a des points communs avec le début de l'Empire contre attaque, n'est en rien pareil. Les enjeux sont différents, la tension est différente et le dénouement vous laissera sur le carreau.
K.O par l'audace et la tristesse de la disparition d'un des anciens personnages, hautement renommé, -Luke en l’occurrence, impossible de ne pas le nommer- tout en injectant l'espoir que la Légende aurait fait battre dans le cœur des plus jeunes à travers toute la galaxie.
A l'image de cet enfant-esclave, avec son pauvre manche à balai qu'il redresse inconsciemment comme un sabre-laser, sous la nuit étoilée lors la toute dernière image de ces derniers Jedi.
Georges Lucas aurait pu faire pire comme final en gardant son bébé sous sa coupe. La question qu'on peut se poser c'est : aurait-il fait plus audacieux ?
 

mercredi 13 décembre 2017

LA PLANETE DES SINGES à l'ère du numérique

Article thématique de Wilfrid RENAUD

La sortie DVD de LA PLANÈTE DES SINGES : suprématie donne l'occasion de revenir sur cette saga désormais culte.
Le concept de la motion capture n'est pas neuf. Peter Jackson en a montré l’extraordinaire capacité via sa première trilogie de Tolkien et le Gollum qui apparaissait dans le second volume "Les deux tours" en 2002.
Interprété  par Andy Serkis, son apparence était fascinante, bluffante. Et son personnage est entré dans la pop-culture à la vitesse de la lumière.
Ici, dans cette relecture particulière du roman de Pierre Boule, c'est de nouveau le même comédien qui prête son jeu et son regard à Caesar, le singe qui parle.
Le résultat est saisissant et si la version avec Charlton Heston en 1968 reste un grand classique, cette nouvelle saga à l'ère du numérique occupe une place à part dans le renouveau d'un certain cinéma.
Petit tour d'horizon où la maestria des effets spéciaux ne prennent pas le dessus sur un fond bien réel et un thème toujours d'actualité : la peur de l'autre.
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LA PLANÈTE DES SINGES : les origines de  Rupert Wyatt (2011)

Les blockbusters estivaux sont prétexte à des sorties parfois incontournables pour les cinéphiles en manque de grand spectacle. Le problème est qu'on a souvent droit à du grand n'importe quoi et/ou des suites sans saveur.
"La planète des singes : les origines" n'entre, heureusement pas dans ces catégories.
Oubliez le film de Tim Burton de 2001, cette nouvelle version démarre de nos jours et est ancrée dans une réalité bien palpable. Le film pourrait se situer bien avant "La planète des singes" de Franklin J. Schaffner en 1968 et se rapproche même de sa séquelle "La conquête de la planète des singes" de Jack Lee Thompson en 1972.
L'histoire : A San Francisco dans un laboratoire, des scientifiques expérimentent un traitement sur des singes pour vaincre la maladie d’Alzheimer. Mais leurs essais ont des effets secondaires inattendus : ils découvrent que la substance utilisée permet d’augmenter radicalement l’activité cérébrale de leurs sujets. Céasar, est alors le premier jeune chimpanzé faisant preuve d’une intelligence remarquable. Mais trahi par les humains qui l’entourent et en qui il avait confiance, il va mener le soulèvement de toute son espèce contre l’Homme dans un combat spectaculaire.



L'acteur, Andy Serkis filmé en motion capture et son traitement informatique pour arriver au personnage de Céasar



En privilégiant la motion-capture (technique utilisée entre-autre pour Avatar et le "Gollum" du Seigneur des anneaux) au lieu des traditionnels maquillages, Rupert Wyatt le réalisateur, tranche avec ses prédécesseurs et permet à ses singes d'avoir des expressions au niveau du visage que les maquillages avaient tendance à figer (Joie-Colère-Peur). La performance d'Andy Serkis dans le rôle de Céasar est aussi redoutable que l'évolution de son personnage dans le film.
Il permet de le faire passer par toutes les étapes : l'innocence, la peur, le désespoir, la colère, la rébellion et enfin la révolte.
Tant et si bien qu'à la fin, il se maintient presque comme un humain mais plus du tout comme un singe, semblant montrer aux hommes qu'il est désormais leur égal, voire la future espèce dominante.
Cette motion capture se combine bien avec les autres images de synthèse des singes dans des déplacements vertigineux et virevoltants (la découverte de la forêt de séquoias, l'évasion de la prison) dans une mise en scène efficace pour un film dont le rythme va crescendo jusqu'à l'affrontement final sur le pont de San Francisco entre singes et humains.


Pour autant, l'émotion n'est pas oubliée et les acteurs en chair et en os s'en tirent bien. James Franco, partagé dans ses sentiments entre l'envie de trouver un remède à la maladie d'Alzheimer pour sauver son père ( John Lithgow, très touchant) et un amour quasi-filial envers Céasar, où il est dépassé par le résultat de son expérimentation qui devient incontrôlable.
Ce trio de personnages (interprétés par Serkis-Franco-Lithgow) fonctionne à merveille, contrairement aux autres, peu développés et du coup assez caricaturaux (le méchant geôlier joué par Tom Feldon, échappé de la saga Harry Potter).
Et une pensée pour la pauvre Freida Pinto, en vétérinaire et petite amie de James Franco, qui aussi jolie soit-elle, se retrouve au rang de décoration féminine et n'apporte pas grand-chose à l'histoire à part un peu de compassion extérieure envers Céasar et un regard inquiet sur ce qui risque d'arriver.


Du coup, contrairement aux autres versions de la saga, on se surprend à avoir de l'empathie envers ces singes, épris de liberté et sans dévoiler les bonnes surprises du scénario, le réalisateur a su poser les bases d'une future franchise qui titille l'intérêt et l'envie d'en savoir plus. Un bon film qui évite la surenchère d'effets spéciaux, qui questionne sur les dérives des recherches médicales à travers un divertissement estival de qualité et dernier point important : qui n'a pas besoin de la 3D pour sa propre publicité et du coup sa réussite.



LA PLANÈTE DES SINGES : l'affrontement de Matt REEVES (2014)


 

Il est rare de constater que les blockbusters estivaux possèdent une véritable âme. "La planète des singes : l'affrontement" est de cette trempe. Marchant dans les traces de ses illustres prédécesseurs dans les années 70, celui-ci allie divertissement et intelligence avec brio.
Le thème central tourne de manière directe avec "la peur de l'autre". Nous retrouvons César dix ans après les événements de "La planète des singes : les origines". Le virus, inoculé aux singes dans l'espoir de lutter contre la maladie d'Alzheimer, les a certes rendu plus intelligents mais a été quasi-fatal pour l'Humanité  : 1 personne sur 500 a survécu.

Les miraculés se sont regroupés dans des villes décrépies, où la nature semble reprendre ses droits.
La rencontre entre les deux espèces va se révéler tendue. Les singes se méfient des hommes et les hommes ont peur des singes, de plus en plus nombreux. César a depuis deux fils et les autres se reproduisent aussi à l'état naturel mais les plus anciens n'oublient pas facilement ce qu'ils ont endurés.
Espérant remettre en marche un barrage hydraulique qui assurera du courant à la ville où tous sont réfugiés, un groupe d'humains empiètent sur le territoire des singes. César semble leur accorder une confiance limitée, il veut éviter un affrontement qui serait fatal à son peuple.
Mais Koba, singe ayant passé de nombreuses années dans des labos, comme le montrent ses cicatrices, ne veut pas d'eux. Il va déclencher des événements dont l'issue déterminera la suprématie d'une des deux espèces...





Matt Reeves, le réalisateur, joue plus avec cette tension sous-jacente qu'avec les scènes d'actions, au final peu nombreuses. Celles-ci sont d'ailleurs toujours justifiées et ne sombrent pas dans la surenchère. Les singes sont toujours aussi vrais que nature et si Andy Serkis, incarnant César emporte une nouvelle fois la palme, il faut compter aussi avec Toby Kebell, terrifiant en Koba et Nick Thurston qui interprète tout en nuances "Yeux bleus", le fils de César.

Leurs scènes les plus intimes, souvent lentes, passent beaucoup par les regards, et force et de constater que chacun possède son double dans le miroir humain, ce qui au final  ne rend pas les uns si différents des autres et met en évidence nos craintes et nos faiblesses.
Coté casting chez les hommes, en revanche ce n'est pas trop la fête. Le charismatique James Franco  a été éliminé de la série, sans doute emporté par le même virus qui avait tué un de ses collaborateurs dans le premier film. Il y a certes Gary Oldman mais qui a un rôle secondaire, Jason Clarke ( vu dans "Des hommes sans loi") qui tire plutôt bien son épingle du jeu, Keri Russell (Mission Impossible 3) ou bien Kirk Avecedo ( la série télé "OZ") mais ils paraissent plutôt fades face aux extraordinaires performances de leurs collègues en primates.

Et si la franchise tend de plus en plus à ressembler à celle d'il y a quarante ans, certains singes se déplacent à cheval et parlent, la démonstration fait la différence. Subtil, intelligent, prenant son temps pour poser des bases solides, le 3ème épisode, actuellement en préparation, promet d'être fatal...pour les hommes.

Tant mieux, on en redemande. Longue vie à César.



















LA PLANETE DES SINGES : Suprématie de Matt REEVES (2017)

Article de Wilfrid RENAUD
La nouvelle version de "La Planète des singes" sous-titrée "les origines" en 2011 avait surpris par la modernité de son propos et surtout l'excellence de sa motion-capture. Les primates paraissaient plus vrais que nature aidés par la composition de leur leader Andy Serkis dans le rôle de Caesar. Tout aussi réussie techniquement, sa suite "L'affrontement" en 2014 était plus simpliste dans son propos, plus guerrière et tribale et on était en droit de se demander si la nouvelle franchise n'allait pas ressembler à un soufflé qui retombe.
Le troisième opus "Suprématie" répond  favorablement à nos inquiétudes. Si vous avez vu la bande annonce et que vous croyez avoir deviné tout le film, sachez que celui-ci s'avère être plus profond et complexe. La menace simiesque aux yeux des humains, alors que le peuple ne demande qu'à vivre en paix, a atteint un point de non retour. Ils ont décidé de carrément l'éradiquer. Lors d'une infiltration nocturne, un groupe de soldats mené par son chef modestement nommé "le Colonel" croit abattre Caesar dans son repaire. Ils ont en fait tué son fils.
Caesar, partagé entre un désir de vengeance et la responsabilité de mener son peuple en lieu sûr, hésite avant de partir à la recherche de son meurtrier. Sur la route, ils croiseront une petite humaine isolée, sourde-muette, sans se douter que le virus qui a tué des millions d'humains a désormais muté, les privant de l'usage de la parole...
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Bonne idée que celle du virus qui a muté, inversant ainsi les lois naturelles entre les singes qui commencent à parler et les humains qui vont être privés de cette fonction, les renvoyant à un stade animal.

Pour le pitch de départ, si celui-ci évoque des classiques du western, c'est en effet le cas durant son premier quart. Impression renforcée par l'image de ses singes cavaliers portant des carabines et chevauchant des montagnes enneigées.
Autre impression, celui de l'hommage au film original, quand ils chevauchent sur une plage ensoleillée à marée basse. On s'attendrait presque à voir une statue de la liberté au détour d'une crête mais c'était sans doute encore trop tôt...
Andy Serkis est César
La technique est irréprochable, on en oublie les effets spéciaux, où les acteurs sont en motion capture, pour se focaliser sur les personnages. Caesar domine tout le monde une fois de plus grâce au jeu exceptionnel de son interprète Andy Serkis. Tout en nuances, il n'a plus rien à voir avec le singe modèle et optimiste du premier opus. Tristesse et colère habitent désormais son cœur. Et surtout son regard.
Et si à travers ses yeux, la première émotion arrive à nous émouvoir, la seconde fait carrément froid dans le dos.
Pour lui faire face, il fallait du coté des humains un acteur qui ait suffisamment de présence et de force sans en faire des tonnes. Woody Harrelson campe un colonel qui ressemble à celui qu'incarnait Brando dans Apocalypse Now, ivre de détermination et de despotisme, il n'en est que plus inquiétant.

Surtout quand on voit sa réputation inspirer suffisamment de crainte pour que des gorilles en viennent à trahir leur espèce. Se rangeant du coté des humains, traités comme des mules et portant des munitions entre autres basses besognes.
Pourtant son personnage apparaît peu à peu moins manichéen que prévu : un destin tragique et cruel qui fait comprendre ses motivations, aussi discutables soient-elles.
Sa relation avec Caesar va tourner au rapport maitre-esclave quand Le Colonel réussira à emprisonner les survivants de son groupe, dont les plus jeunes singes, afin de les obliger à construire un mur autour de leur base. Caesar comprend que la guerre entre plusieurs factions d'humains a aussi lieu et il devra compter sur l'aide de ses amis, Luca et Maurice ainsi que la petite humaine qui s'est jointe à eux, Nova, pour libérer tout le monde avant qu'il n'y ait plus de victimes, reléguant sa vengeance au second plan

Les potes, on arrête nos singeries, on a du pain sur la planche.
Le dernier quart se joue de manière tendue, non sans quelques touches d'humour grâce au singe Bad Ape, échappé d'un zoo et vivant reclus avant que Caesar et ses compagnons ne le rencontrent. Évasion des singes, affrontement entre les hommes  doublé d'une avalanche qui n'épargne aucun groupe ni aucune espèce. Un final très spectaculaire, plus maitrisé que celui du second opus, qui redistribue les cartes  de manière irréversible justifiant le sous titre "suprématie".
Et si on ne peut s’empêcher lors de l'épilogue de penser que Caesar est devenu un Moïse plus poilu que barbu en emmenant son peuple après une longue marche vers des terres hospitalières, l'effet n'est jamais appuyé.
Tout comme l'émouvante image finale où Matt Reeves, le réalisateur conclut en beauté et tourne la page de ce singe pas comme les autres.
Le singe qui parle.
Écoutez-le encore, il a tellement à dire avec si peu de mots.








LE CRIME DE L'ORIENT-EXPRESS


Article de Frederick SERBOURCE
On dit bienvenue au petit dernier des chroniqueurs de ce blog. Fils de caché de Kevin Bacon (Si, si, il y a un air on ne me l'a fait pas à moi) dont les articles ponctueront ce blog à leurs tours.
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Mine de rien, si l'on ne prend pas en compte les quelques adaptations TV, "Le Crime de l'Orient Express" de Kenneth Brannagh est seulement la deuxième version cinématographique du célèbre roman d'Agatha Christie sur grand écran après le film de Sidney Lumet de 1974. Pourtant, peut-être est-ce dû au fait que le roman ou le précédent long-métrage sont ancrés profondément dans la culture populaire, cette histoire semble tellement connue qu'elle donne l'impression que l'on en connaît déjà tous les tenants et aboutissants par avance, si bien qu'on ne voit pas trop ce qu'une relecture contemporaine peut vraiment y apporter sinon de la faire découvrir à une nouvelle génération et donner de bons souvenirs aux plus anciennes.


Kenneth Brannagh reprend donc le principe du film de 1974 et offre tous les rôles des passagers du train à un parterre de stars (Daisy Ridley, Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Willem Dafoe, Judy Dench, Olivia Coleman, Josh Gad, ...) tout en s'octroyant le rôle-titre du détective belge Hercule Poirot.
Alors, qu'en dire ? À part quelques petites variations sur les personnages, ce "Crime de l'Orient Express" made in 2017 est une adaptation classique et efficace.
Les connaisseurs de cette histoire inspirée à la fois du kidnapping de l'enfant de Charles Lindbergh et de l'incident en 1929 d'un train luxueux bloqué par le blizzard en Turquie ne seront nullement dépaysés et l'embarquement dans le wagon du crime ne sera pas si désagréable, les néophytes, eux, y trouveront une manière plutôt réussie de découvrir le roman par cette voie (ferroviaire... pardon).

Néanmoins, si chaque acteur a son moment pour briller en solo lors des fameux interrogatoires de Poirot, les scènes en groupe se révèlent, elles, beaucoup moins réussies, notamment sur le climat de suspicion censé s'installer entre les passagers que Brannagh semble un peu oublier en cours de route, préférant avant tout se concentrer sur le déroulement de l'enquête et tout donner dans l'acte final.
Brillamment mise en scène (quoique Brannagh paraît adorer se filmer en gros plan), cette dernière partie bien pensée justifie à elle seule le sens de cette adaptation et permet (enfin) de donner une véritable osmose à tout ce groupe de fabuleux acteurs.
On ne criera pas à une oeuvre indispensable mais cette relecture a suffisamment de tenue et de respect envers son matériau d'origine pour en faire un visionnage plutôt plaisant.