POURQUOI CE BLOG ?

Ce blog est destiné à donner un avis sur des films récents. Cela permet de partager une passion commune que l'on n'a parfois pas le temps de faire à cause de nos emplois du temps (sur)chargés.

Les coups de gueule contre les navets et les films qui n'ont pas affolés le cardiogramme ne seront pas évoqués. Il existe un très bon site pour cela : le site de NANARLAND

Bonne visite
Wilfrid RENAUD

lundi 2 avril 2018

LA FORME DE L'EAU





Article de Wilfrid RENAUD

Avec La Forme de l'eau, Guillermo Del Toro semble avoir enfin concilié succès critique et public. Lion d'or à la Mostra de Venise, meilleur réalisateur aux BAFTA Awards, Golden Globes du meilleur réalisateur, Oscar du meilleur film et Oscar du meilleur réalisateur, entre autres.
Vertigineux et son casting n'est pas sur la touche.




Dans un labo gouvernemental, une femme de ménage Elisa, muette, va communiquer avec une créature marine, capturée en Amérique du Sud, grâce au langage par signe. Les deux vont s'aimer au delà de leur différence et Elisa va faire tout pour la libérer et la relâcher.
Sur une histoire assez simple et un thème déjà vu, Guillermo Del Toro apporte sa touche personnelle qui en fond un petit chef d’œuvre. Si la créature par son aspect évoque et rend hommage directement à "L'étrange créature du lac noir", elle se montre d'une beauté esthétique plus réaliste, dotée d'un caractère parfois violent (le chat dévoré) mais surtout sensible.
Il y a un cœur qui bat sous le monstre.
Et aussi un acteur : Doug Jones. Un habitué de l'univers de Del Toro car il a joué aussi bien dans le Labyrinthe de Pan que dans Hellboy.

L'étrange créature du lac noir (1954) Ah, oui, il y a comme un air de famille..
Et plutôt que de s'en tenir à une amourette convenue, les deux personnages principaux vont jouer à fond la carte de la sexualité, brisant les tabous et les bonnes consciences. Le tout évidemment emballé de suffisamment de délicatesse et de poésie comme la séquence de la salle de bains dans une étreinte sensuelle où l'amour déborde autant que la pièce remplie d'eau.

Sally Hawkins et Doug Jones

Les clins d’œils sont fréquents, outre l'ambiance paranoïaque de la guerre froide dans les années 60, on pense parfois dans son esthéthique, à Jeunet et Délicatessen. Mais le soin apporté au cadre et aux détails, magnifiquement éclairés par la photographie de Dan Laustsen, portent eux, la marque de Del Toro.
Son actrice principale Sally Hawkins (Oscar et Golden Globe -entre autres- de la meilleure actrice) est d'une fragilité imparable, tout en brossant un portrait surprenant de cette muette, adepte de la masturbation matinale dans son bain, qui sera déterminée à briser les chaînes de la créature, au sens propre comme au sens figuré.



Les thèmes de la différence et de la peur de l'autre sont ici dépassés pour atteindre la compassion et l'amour dans une pureté étrange.
Les seconds rôles sont aussi assez bien développés et représentent des minorités aussi diverses que marginales.
Sally Hawkins et Octavia Spencer

Octavia Spencer, incarne Zelda, l'autre femme de ménage, amie et complice d'Elisa. Boniche noire dirigée par une hiérarchie blanche et raciste, doublée d'un mari feignant, elle a un franc-parler réjouissant qui n'est pas sans rappeler l'autre rôle qui lui valut aussi un oscar : La couleur des sentiments.
Octavia Spencer a obtenu pour la Forme de l'eau, l'Oscar et le Golden Globe -entre autres- de la meilleure actrice dans un 2nd rôle.
Richard Jenkins, joue le rôle de Gilles, le voisin de palier d'Elisa, artiste peintre homosexuel, au chômage, ne trouvant pas sa place dans une société trop étriquée pour lui. Désillusionné dans son travail et ses amours, il aidera aussi Elisa, parfois maladroitement dans l'évasion de la créature. Les deux nous valent d'ailleurs une belle scène,mi langages par signe, mi-traduit par le personnage de Gilles, sur la capacité à reconnaitre ce qui est différent comme un des leurs.
Richard Jenkins et Sally Hawkins
Richard Jenkins a obtenu pour la Forme de l'eau, l'Oscar et le Golden Globe -entre autres- du meilleur acteur dans un 2nd rôle.
Oui je sais, ça devient agaçant toutes ces récompenses.
Les deux Michael : Shannon et Sthulbarg
Michael Sthulbarg dans le rôle du Dr Hoffstelter, incarne une minorité particulière lui aussi, espion russe, infiltré comme scientifique dans le labo américain, il aidera Elisa et la créature à s'enfuir, allant à l'opposé des décisions de son gouvernement, refusant de voir ce miracle de la nature, disséqué à des fins militaires.
Mais le grand méchant de l'histoire reste sans conteste Michaël Shannon, et là c'est incompréhensible qu'il n'est pas eu une seule récompense. Guillermo Del Toro a toujours su soigner ses méchants (on se souvient encore de Sergi Lopez dans le Labyrinthe de Pan). Dans le rôle du responsable de la sécurité Richard Strickland, Michael Shannon entre dans la cour des méchants que l'on aime détester. Regard inquisiteur, paroles misogynes et attitude de psychopathe, ce prédateur-là crève l'écran autant que la créature fascine. Les bonbons qu'il fait craquer en silence sous ses dents sont autant de secrets qu'il semble briser et qui résonnent dans le subconscient du spectateur.
Sally Hawkins et Michael Shannon.
 D'un rythme assez lent et se permettant des extravagances de mise en scène aussi charmants que surprenants, La Forme de l'eau reste avant tout un hymne à l'amour et à la tolérance. Et si son final reste d'une facture très classique, évitant la surenchère inutile, il est pour une fois plus optimiste que ce que nous avait habitué Guillermo Del Toro dans ses autres œuvres intimistes.
Beau succès pour le réalisateur mexicain dans un pays qui aura élu un président qui montrait du doigt la communauté hispanique comme responsable de beaucoup de maux.




dimanche 1 avril 2018

COLOSSAL


Article de Wilfrid RENAUD

Gloria, jeune New-Yorkaise au chômage fait un peu trop la fête et se fait larguer par son petit ami. Elle retourne dans sa ville natale et emménage dans la maison de ses parents. Elle ne tarde pas à retrouver un ami d'enfance, Oscar, patron d'un bar qui lui propose un emploi de serveuse. Tout semble rouler normalement quand les infos diffusent une vidéo sidérante : un monstre de plusieurs centaines de mètres est apparu à Séoul durant quelques minutes. Celui-ci réapparaît à la même heure, le lendemain.
Gloria ne tarde pas à découvrir qu'elle et ce monstre sont étrangement connectés : quand elle passe dans l'aire de jeux de sa petite ville, en faisant certains gestes, le monstre refait exactement  les mêmes à l'autre bout du monde, avec des effets dévastateurs....
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Colossal aurait put être une parodie de films type Godzilla mais le postulat de départ, s'il est tiré par les cheveux, est d'une originalité imparable. Traité avec beaucoup de second degré, il démontre en guise de métaphore, le phénomène de "L'effet papillon" et des conséquences de chacun de nos actes à l'autre bout de la planète.
Cette connexion  surréaliste doit beaucoup à son actrice principale, Anne Hathaway, qu'on avait pas vu aussi en forme depuis "Le diable s'habille en Prada ".
  Gauche, gaffeuse, déboussolée, elle tient le rôle d'une alcoolique, mais sans excès, qui essaye de reprendre pied avec son quotidien. Et sa prestation est un véritable festival d'expressions irrésistibles, rendues par son visage anguleux et ses grands yeux hallucinés. Son alter-égo à Séoul sera son sauveur d'une manière assez sidérante...
Toutefois, malgré les quelques scènes "monstres", le film se développe surtout autour de ses personnages principaux : Gloria et Oscar. Et le duo que forme Hathaway avec Jason Sudeikis fonctionne parfaitement. Celui-ci, d'ailleurs d'une gentillesse confondante au départ, va vite devenir d'une autorité insupportable, quand mis au parfum de la relation "Outre Pacifique" de Gloria, va insister pour qu'elle continue de faire "apparaître" son alter égo, voyant que chaque "Breaking News" remplit son bar de clients avides de sensations fortes. Jason Sudeikis se transforme vite en connard de première qui va vouloir mener cette "anomalie" à la baguette.

Quelques seconds rôles réjouissants viennent pimentés ce duo  qui réserve plus de surprises qu'il n'en a l'air. Notamment Dave Stevens (vu dans la série Légion), en petit ami arrogant de Gloria et Tim Blake Nelson, (éternel second couteau chez les frères Coen entre autres) le pote du coin qui sniffe dans les toilettes.
Le ton est souvent acerbe et la peinture de cette petite ville du Middle-west tranquille pleine d'ironie mordante.
Et si le final, avec l'explication d'une jalousie et d'un désir de revanche liés à l'enfance, a un sens de la déraison flagrant, il passe une nouvelle fois comme une lettre à la poste, grâce au talent de son réalisateur Nacho Vigalondo.
Une comédie fantastique mariée au drame aigre doux mais avec un plaisir jubilatoire.
A découvrir pour les uns à revoir pour les autres (Le film date d'avril 2017)

mercredi 7 février 2018

WIND RIVER



Article de Gaëtan WILDWOOD

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…
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 Taylor Sheridan ( Le shérif des Sons of Anarchy) poursuit sa trilogie des "frontières américaine moderne". Amorcé avec Sicario (frontière avec le Mexique), poursuivit avec Comanchira/Hell or High Water (les grands espaces texans), Sheridan termine avec les réserves amérindiennes du Wyoming enneigé.

L'intrigue, bien que sans originalité, a le mérite au moins ici de maintenir le suspense jusqu'au bout, aidé en cela par des paysages aussi magnifiques que glacials et désolés. Les personnages sont bien campés et les dialogues travaillés. Certains personnages ont de la profondeur et ça fait du bien. Le réalisateur prend le temps de fouiller leur âme. Les acteurs arrivent donc à faire passer beaucoup d'émotions sans pour autant tomber dans le pathos, chose assez remarquable pour un film américain "mainstream". Le film aborde aussi en toile de fond la question de la communauté amérindienne parquée dans des réserves où sa jeunesse est confrontée au chômage, à l'alcoolisme et à la drogue. Le ton est juste et montre la réalité cruelle de cette Amérique là sans trop la victimiser. On retrouve ainsi la rencontre de la puissance masculine qui dissimule du chagrin et la fragilité féminine qui planque une force surprenante, sans oublier la BO de Nick Cave et Warren Ellis formidable.

 

Coté casting, Jeremy Renner demeure parfait en cowboy au coeur brisé. Elizabeth Olsen qui semble fragile, se révèle être une coriace. Tout au long du film, on découvre des personnages attachants mais aussi leur tristesse voir la dépression.

Pour conclure, Wind River, jouant entre la noirceur et la poésie, si il ne révolutionne pas le genre, constitue néanmoins un excellent thriller hivernal bien mené et intelligent, la ou "Le Bonhomme de Neige" lui s'était carrément planté

dimanche 4 février 2018

THE KEEPING ROOM


Article de Frédéric SERBOURCE

En quelques minutes, la scène d'ouverture nous plonge dans le chaos d'une Amérique laissée en jachère à la sauvagerie des plus bas instincts alors que la Guerre de Sécession fait rage sur des fronts éloignés. Dans ces contrées que tous les hommes en âge de combattre ont quitté, il ne subsiste qu'une forme de désespérance et de crainte que tôt ou tard la brutalité de la guerre ne les rattrape. Elle s'incarnera ici dans deux soldats yankee (que l'on suppose déserteurs) rapportant dans leurs ombres les horreurs du front et laissant libre cours à leur déchaînement de violence dans des petites villes isolées où il ne reste plus que des femmes et des vieillards...

Encore éloignées de leur route, vivent deux soeurs et celle qui fut l'esclave de la famille.
Le film dont le discours résolument féministe prendra bien des formes nous dresse alors le quotidien austère de ces femmes qui survivent avant tout. Comme nous le montrera une rapide visite dans une maison du voisinage où l'occupante n'a plus eu la force de continuer, celles-ci sont déjà habitées par une forme de résistance inconsciente qui les a amené à accepter leur condition d'être sorties de l'ombre des hommes pour trouver un nouveau rôle dans la persévérance et au-delà de la simple survie.
Cela se traduit par petites touches dans le film comme le statut de la servante par exemple : alors que la plus jeune des soeurs continue à se maintenir dans l'ancien rapport maître/esclave, l'aînée, elle, choisit de la traiter d'égale à égale, même si, dans la colère, des vieux réflexes ressurgissent ici et là. Ainsi, subtilement, on nous montre que l'absence des hommes peut amener à faire bouger les lignes, pas encore de manière parfaite, surtout lorsque le retour d'émotions primaires se fait ressentir (et que le film associe donc aux hommes, bâtisseurs de l'esclavage), mais suffisamment pour créer une réelle harmonie dans l'adversité.
Malgré des interférences, ces trois femme se serrent les coudes, conscientes que le climat de mort engendré par la guerre est sans cesse rappelé par cette absence masculine que les décors minimalistes traduisent si intelligemment bien.

 
 
Si la noirceur était déjà présente de manière plus ou moins sous-jacente, elle va évidemment augmenter de nombreux crans avec l'arrivée des deux hommes aux intentions cruelles dans la vie des trois femmes. Dès lors, la résistance féminine devient bien sûr explicite proportionnellement aux actes violents masculins mais le film ne sombre pas pour autant dans les excès qu'aurait pu engendrer une telle confrontation, l'abordant de manière extrêmement réaliste (la violence ne nous est pas aussi épargnée à nous, spectateurs), il la traite comme une sorte de passage initiatique, de la pire des sortes, certes, mais nécessaire aux trois femmes pour les mettre face-à-face au mal absolu engendré par la guerre dont elle n'avait jusqu'alors que leur imagination pour en jauger l'étendue et aussi en vue de les préparer à une plus grande menace. Comme leur annoncera un des deux hommes pour souligner leur situation inéluctable, la première vague de l'armée de l'Union, encore bien plus cruelle qu'eux, marche aussi dans leur direction...
Et pourtant, ces femmes grandiront dans l'affirmation de leur puissance commune en résistant jusqu'au bout, en affrontant ou en confessant l'inimaginable pour mieux nous laisser sur la plus merveilleuse pointe d'ironie de force féministe lors des derniers instants.

Entre "Les Proie" de Don Siegel et la version de 2017 par Sofia Coppola, les deux adaptations du roman de Thomas Cullinan au point de départ similaire au film de Daniel Barber, il faudra désormais compter "The Keeping Room", un film nimbé dans les ténèbres les plus désespérément humains mais dont parvient à s'échapper un halo de lumière par la seule force du message de solidarité féminine qui l'habite. Et puis, c'est avant tout un excellent western à l'esthétique aussi irréprochable qu'à contre-courant des canons du genre et sublimé par une interprétation complètement investie (Brit Marling, Muna Otaru et Sam Worthington en tête). Une réussite du genre encore hélas curieusement inédite en France...
 

dimanche 24 décembre 2017

STAR-WARS : LES DERNIERS JEDI








Rian Johnson avec Carrie Fisher sur le tournage des derniers Jedi.

Article de Wilfrid RENAUD
Quand j'ai su que Rian Johnson devait réaliser cet épisode 8, je suis retourné voir son film "Looper" et alors que j'avais moyennement apprécié, je l'ai réévalué à la hausse et en même temps entrevu le potentiel dramatique que pouvait apporter le réalisateur à une franchise qui peinait à trouver de nouvelles marques depuis sa vente à Disney.
La saga Star-wars avec ses hauts et ses bas est un petit objet cinématographique auquel je suis profondément très attaché, comme un totem-fétiche et comme certains fans, j'aime pas qu'on le tripote ou qu'on l'esquinte, d'où la confiance après le second visionnage du précédent film de Johnson.
Donc Rian Johnson, l'homme de la situation après J.J. Abrams ?
Assurément.
Si ce dernier avait fait le job mais façon fan-service, le nouveau réalisateur lui va prendre le risque de déstabiliser la saga, signant au passage aussi le scénario, en tordant le coup à tout ce qui semblait être convenu d'avance et en bottant en touche les spéculations les plus folles des groupies.
Vous trouvez que j'en dis trop ? Aller voir le film alors avant de continuer. je vais spoiler comme le pire seigneur des ténèbres, car impossible de partager l'impression générale sans rentrer dans les détails !
 
La petite Rey (Daisy Riley) a donc retrouvé Luke Skywalker. Exilé sur son île, celui-ci porte l'amertume de son échec avec son neveu Kylo Ren. Cette partie qui aurait pu ressembler à une variante de l'Empire contre attaque (Luke apprenant grâce à Yoda) est en fait plus maline qu'elle en a l'air. Elle parle de la légende qui n'est pas à la hauteur de l'homme. De l'arrogance de la réussite qui s'est effondré quand l'obstacle est devenu trop grand. Vieilli et usé, Luke Skywalker aspire à finir ses jours seul et en paix, refuse de la suivre et même de la former au départ.



Il faudra une petite scène, pleine d'émotions, quand Luke retrouvera R2D2 dans le Faucon Millenium et que celui-ci lui passera l'hologramme, où Leia trente ans plus tôt demandait le secours d'Obi-Wan Kenobi en concluant son message par : "Vous êtes notre seul espoir".
L'espoir, c'est définitivement ce qui va permettre aux héros de surmonter les nouvelles épreuves qui se dresseront devant eux. L'espoir et la ténacité. Car rien, absolument rien ne se déroulera comme prévu, certaines sous-histoires s'avéreront même complétement vaines au niveau narratif dans le contexte général, ne servant et c'est paradoxalement déjà beaucoup, qu'à renforcer les liens entre les personnages.
La première "victime" de ce remaniement draconien de la saga c'est Rey.
 Non, ce n'est pas la fille de Luke, ni la sœur de Kylo Ren, ni sa cousine, ni sa tante, ni son oncle qui a changé de sexe, n même la fille d'Obi-Wan....je rappelle aux fans hystériques que la différence d'âge entre les protagonistes rendait impossible cette dernière option.
Elle n'est rien dans la dynastie des Skywalker, mais elle possède la Force, du moins elle y est plus sensible que les autres. La Force n'est pas une hérédité qui se transmet de génération en génération, c'est une énergie qui nous entoure et qui les lie les choses. Et merci à Rian Johnson d'avoir su recadrer cet élément important de la saga, avec un certain malice dans la séquence sur l'ile.
La malice est d'ailleurs assez présente sur cet épisode, quelques touches d'humour même au plus fort de l'action, mais pour autant il y a aussi de vrais grands et beaux moments.
La mort de Carrie Fisher l'an dernier qui incarnait la Princesse Leia depuis 1977 donne un écho supplémentaire à certaines scènes.
"Que la Force soit avec vous".
Quand une autre figure de la Rébellion, termine cette phrase à sa place et qu'elle répond "oui...je l'ai assez prononcé". Il y a un passage de relais évident mais qui sonne comme une épitaphe. Son personnage est d'ailleurs à deux doigts d'être sacrifié dans cet épisode mais s'en sort-in extremis- avec l'aide de la Force. Si cela peut passer pour une facilité scénaristique au premier abord, je me suis dit que finalement beaucoup de choses, non-racontées, s'étaient passées depuis "le retour du Jedi" et explique ce twist aussi surprenant qu'émouvant.
Ses retrouvailles avec Luke sont aussi un moment d'une finesse rare et jamais atteinte dans la saga jusqu'à présent.



Adam Driver dans le rôle de Kylo Ren
Tout est chamboulé, la force des émotions, les personnages du passé qui s'envolent au fur et à mesure que les nouveaux arrivent. Celui qui gagne en puissance est Kylo Ren (le fils de Leia et Han Solo) qui après avoir tué son père dans le précédent opus, se débarrasse ici d'un mentor trop vaniteux d'une manière spectaculaire et radicale. Le fameux Snoke que les fans extra-lucides voyaient comme le nouvel Empereur ne sera pas au générique du prochain épisode. Merci à Andy Serkis d'avoir tout de même donné une consistance à un personnage aussi dangereux que malsain à travers encore le procédé de motion-capture.
Adam Driver  de son coté, donne l'étendue de son jeu dans ce personnage emblématique, toujours en proie au doute, qui tentera de convertir une Rey, trop idéaliste pour ses obscurs et rouges dessins.


 
Mes attentes concernant le personnage de Poe Dameron (Oscar Isaac) ont été comblées, sacrifié auparavant à un traitement trop convenu pour un acteur de cette trempe, il est ici le vilain petit canard, tête brulée flamboyante qui se fait remettre à sa place par une Leia matriarcale qui lui rappelle que l'impulsivité peut être catastrophique. Son personnage, fort de cette nouvelle expérience, sera sans doute être amené à évoluer encore dans le prochain opus.
Celui de Finn (John Boyega) en revanche stagne un peu, il est encore trop gauche dans son traitement pour être réellement pris au sérieux, malgré une amourette bienvenue avec la sympathique Rose (Kelly Mary Tran) qui montre la volonté de la production de faire un casting pluriculturel.

Ne cherchez pas le wookie dans ce casting entre les nouveaux et les anciens, notre Chebacca favori est réduit ici à de la simple figuration, trop de poils à gérer sans doute...Par contre, nous devrions revoir DJ, un espèce de hacker bègue à la gueule de bois permanente, interprété par Benicio Del Toro, dont la couardise n'a rien a envié à feu Han Solo dans sa période contrebandier.

 

Rien ne se déroulera donc comme prévu et le final dans le désert de sel, s'il a des points communs avec le début de l'Empire contre attaque, n'est en rien pareil. Les enjeux sont différents, la tension est différente et le dénouement vous laissera sur le carreau.
K.O par l'audace et la tristesse de la disparition d'un des anciens personnages, hautement renommé, -Luke en l’occurrence, impossible de ne pas le nommer- tout en injectant l'espoir que la Légende aurait fait battre dans le cœur des plus jeunes à travers toute la galaxie.
A l'image de cet enfant-esclave, avec son pauvre manche à balai qu'il redresse inconsciemment comme un sabre-laser, sous la nuit étoilée lors la toute dernière image de ces derniers Jedi.
Georges Lucas aurait pu faire pire comme final en gardant son bébé sous sa coupe. La question qu'on peut se poser c'est : aurait-il fait plus audacieux ?