POURQUOI CE BLOG ?

Ce blog est destiné à donner un avis sur des films récents. Cela permet de partager une passion commune que l'on n'a parfois pas le temps de faire à cause de nos emplois du temps (sur)chargés.

Les coups de gueule contre les navets et les films qui n'ont pas affolés le cardiogramme ne seront pas évoqués. Il existe un très bon site pour cela : le site de NANARLAND

Bonne visite
Wilfrid RENAUD

mercredi 25 avril 2018

AVENGERS : INFINITY WAR

 Article de Frédéric SERBOURCE
 On y est ! Fâché tout violet, Thanos déboule enfin sur Terre pour récupérer ses précieuses Pierres de l'Infini désormais éparpillées dans les dix-huit films du MCU !

Pour en arriver là, il aura fallu dix ans, dix longues années pour que Marvel réussis
se l'improbable en recréant l'univers partagé de tous ses super-héros des pages de comics sur grand écran avec un succès toujours plus grandissant. À la suite du pionnier "Iron Man" et de sa fameuse scène post-générique, première d'une longue série, où Nick Fury initiait le projet "Avengers", viendront Hulk, Thor, Captain America, les Gardiens de la Galaxie, Ant-Man, Docteur Strange, un nouveau Spider-Man, Black Panther et, évidemment, tous leurs nombreux petits copains et sidekicks n'ayant pas eu (encore) droit à leur propre film solo. Mais pendant qu'ils vivaient leurs propres aventures en s'entrecroisant voire, pour certains, en se réunissant de plus en plus souvent, une sombre menace planait au-dessus de leurs têtes.

 Apparu au détour du générique du premier "Avengers", Thanos, le Titan fou, super-vilain emblématique, commençait sérieusement à en avoir marre d'observer des Terriens aux super-pouvoirs jouer avec les Pierres de l'Infini qu'il préférait voir incruster sur son Gant du même nom pour assouvir sa soif de destruction.
Ne sortant que rarement de l'ombre (hormis son autre courte apparition à la fin d'"Avengers 2", il n'aura eu droit qu'à un petit rôle dans "Les Gardiens de Galaxie" permettant d'asseoir la puissance de sa présence), il était destiné à venir semer le chaos dans "Infinity War" afin de redonner ses lettres de noblesse au titre de super-vilain en chef souvent considéré comme une des grosses faiblesses du MCU et, surtout, être le parfait antagoniste de ce feu d'artifice final -qui se prolongera avec "Avengers 4"- à la hauteur de la plus grande réunion de super-héros jamais vue au cinéma où toutes les franchises établies jusqu'à alors n'en feraient plus qu'une.
En plus de tout cela, "Infinity War" en lui-même avait aussi la dure mission de se placer clairement quelques crans au-dessus d'un "Avengers 2" boursouflé dans sa construction et d'une "Civil War" clivante, autant dire que la tâche était rude et que le film était plus qu'attendu au tournant...

 
Rassurez-vous, le pari est amplement réussi et devrait impressionner l'ensemble des aficionados du MCU par sa qualité. Les frères Russo semblent avoir pris conscience des erreurs de leurs précédentes expériences et profite de ce rendez-vous majeur pour livrer leur meilleur film et, accrochez-vous, peut-être bien le meilleur film du MCU. Ouais, rien que ça !

Évidemment, passé l'émerveillement forcément un peu naïf des amateurs de comics (dont l'auteur de ces lignes fait partie tout en essayant de rester un poil objectif... et ce n'est pas facile) de découvrir cette myriade de personnages enfin rassemblés dans un seul long-métrage, il fallait encore pouvoir assurer la gestion de leur nombre impressionnant et parvenir à fusionner leurs univers.
On a souvent reproché aux films du MCU de sortir tout droit du même moule en matière de structure scénaristique, ce n'est pas totalement faux, il faut bien le reconnaître, mais il est aussi vrai que chaque super-héros évolue bel et bien dans un univers différent de son voisin, souvent influencé par un genre cinématographique bien précis (le film de guerre et le thriller d'espionnage pour Captain America, le teen-movie pour Spider-Man, le space-opera pour Les Gardiens de la Galaxie, etc), par leur capacité unique (le mysticisme pour Docteur Strange, la mythologie nordique pour Thor, etc) ou par différentes tonalités (l'humour omniprésent chez certains notamment). Les précédents "Avengers" ont démontré que leur principale force était de tirer le meilleur des interactions des personnages les plus emblématiques en jouant sur l'opposition de caractères de certains amenée toujours à disparaître quand la notion d'équipe devient obligatoire face à une menace ou, dans le cas plus spécifique de "Civil War", lorsque le contexte les pousse à la dissension et à s'affronter. Mais, jamais encore, les univers propres à chacun ne s'étaient réellement rencontrés pour en devenir un seul et unique.


Ici, tous les codes habituels volent en éclats (oui, même ce fameux moule scénaristique cité plus haut !) par le simple fait que le film est totalement régi par les agissements de Thanos et de ses sbires ! Le Titan et sa horde (excellent Ordre Noir dont on aurait peut-être encore aimé en voir/savoir plus, surtout le génial Ebony Maw) viennent ici faire leur marché de Gemmes en s'introduisant, bousculant et détruisant les sphères dans lesquels évolue chaque héros qui n'ont plus d'autres choix que d'interagir ensemble dans une communion de tous leurs environnements.
Et ça marche ! Tous les univers s'emboitent presque logiquement l'un dans l'autre dans un tout parfaitement cohérent pour offrir à chaque héros, jusqu'au plus petit second rôle (vraiment, ils sont tous en lumière à un moment ou à un autre, c'est très fort), son moment de gloire épique dans cette bataille presque perdu d'avance face à la puissance de l'ennemi. En ce sens, avec cette seule maestria de jumelage de toutes les franchises du MCU et de cohésion de ses héros, "Infinity War" se place déjà nettement au-dessus de tous les autres rassemblements des Avengers.

 
  Mais ce qui met la barre de "Infinity War" encore un peu plus haut par rapport à tous ses confrères, c'est bien entendu Thanos. Complètement à la hauteur de son teasing de près d'une décennie, le Titan renvoie tous les autres super-vilains du MCU dans les cordes de leurs faiblesses (même les plus charismatiques de son histoire comme Loki, Red Skull ou Ronan apparaissent sacrément pâlots à côté). Son intelligence, ses motivations aussi folles que louables de son point de vue, son plaisir de sociopathe à mettre d'abord ses ennemis à terre par l'esprit, sa sensibilité inattendue, sa puissance exponentielle grâce aux Pierres de l'Infini et le charisme de Josh Brolin derrière ses traits en font LE plus grand antagoniste du MCU et, osons le dire, un des plus passionnants qu'on ait vu au cinéma depuis un moment tous genres confondus. Thanos est véritablement la clé de voûte en action de "Infinity War", obligeant la plupart des super-héros à agir presque par désespoir en réaction face à ses agissements, rarement un super-vilain ne se sera imposé autant de tout son poids par l'écriture sur les événements d'un film de ce genre jusqu'à en vampiriser toute l'ossature scénaristique.
Dernier gros bon point de la réussite de ce troisième "Avengers" : tout le monde peut y passer et tout peut y arriver ! Complètement conscients que le MCU est à un tournant de son existence, les frères Russo s'en donnent à cœur joie avec des scènes d'affrontements spectaculaires (de ce côté, on se régale sans cesse, de New York jusqu'aux sommets au Wakanda ou sur Titan) et y mêlent une donnée qui était jusqu'à alors assez rare chez Marvel : l'émotion. Les incertitudes sur le sort autour de tous les personnages leur offre une opportunité en or dont ils saisissent la pleine mesure pour enfin nous surprendre et épouser complètement la conduite de ce récit conduit par l'ennemi. Jamais les enjeux n'auront été aussi élevés dans le MCU, jamais un film de la marque n'aura été aussi imprévisible, jamais une dernière partie n'aura a été aussi folle et épique pour nous laisser sur un cliffhanger à l'ampleur inattendue nous faisant déjà saliver sur le prochain volet.
Finissons par les quelques défauts, rien qui ne vienne vraiment gâcher la fête mais, dès lors que le film passe en phase explicative entre deux scènes d'action, force est de constater qu'il perd en percussion avec une tendance à trop s'épancher en bavardages, le tout est heureusement contrebalancé par une bonne dose d'humour (pas mal de vannes restent en mémoire et la tournure dramatique des évènements permet d'éviter de la lourdinguerie à la "Ragnarok") qui permet de faire illusion.
Visuellement, les frères Russo sont à un autre niveau et impressionnent par leur manière d'iconiser certains plans lors de scènes de combat mais ils ont aussi tendance à les écourter bizarrement alors qu'on en veut à chaque fois plus (tout le monde réclamait plus de Thor dans la dernière partie, non ?) comme s'ils avaient à chaque fois peur d'en faire trop de ce côté. Mais non, les frérots, mais non, on vous assure !

Ceci étant dit, "Infinity War" est clairement digne du sommet attendu des dix ans du MCU. Même sa scène post-générique est au diapason de sa réussite. La plus grande réunion de héros Marvel par le nombre et la qualité. Incontestablement. Vivement l'année prochaine !

 

lundi 2 avril 2018

LA FORME DE L'EAU





Article de Wilfrid RENAUD

Avec La Forme de l'eau, Guillermo Del Toro semble avoir enfin concilié succès critique et public. Lion d'or à la Mostra de Venise, meilleur réalisateur aux BAFTA Awards, Golden Globes du meilleur réalisateur, Oscar du meilleur film et Oscar du meilleur réalisateur, entre autres.
Vertigineux et son casting n'est pas sur la touche.




Dans un labo gouvernemental, une femme de ménage Elisa, muette, va communiquer avec une créature marine, capturée en Amérique du Sud, grâce au langage par signe. Les deux vont s'aimer au delà de leur différence et Elisa va faire tout pour la libérer et la relâcher.
Sur une histoire assez simple et un thème déjà vu, Guillermo Del Toro apporte sa touche personnelle qui en fond un petit chef d’œuvre. Si la créature par son aspect évoque et rend hommage directement à "L'étrange créature du lac noir", elle se montre d'une beauté esthétique plus réaliste, dotée d'un caractère parfois violent (le chat dévoré) mais surtout sensible.
Il y a un cœur qui bat sous le monstre.
Et aussi un acteur : Doug Jones. Un habitué de l'univers de Del Toro car il a joué aussi bien dans le Labyrinthe de Pan que dans Hellboy.

L'étrange créature du lac noir (1954) Ah, oui, il y a comme un air de famille..
Et plutôt que de s'en tenir à une amourette convenue, les deux personnages principaux vont jouer à fond la carte de la sexualité, brisant les tabous et les bonnes consciences. Le tout évidemment emballé de suffisamment de délicatesse et de poésie comme la séquence de la salle de bains dans une étreinte sensuelle où l'amour déborde autant que la pièce remplie d'eau.

Sally Hawkins et Doug Jones

Les clins d’œils sont fréquents, outre l'ambiance paranoïaque de la guerre froide dans les années 60, on pense parfois dans son esthéthique, à Jeunet et Délicatessen. Mais le soin apporté au cadre et aux détails, magnifiquement éclairés par la photographie de Dan Laustsen, portent eux, la marque de Del Toro.
Son actrice principale Sally Hawkins (Oscar et Golden Globe -entre autres- de la meilleure actrice) est d'une fragilité imparable, tout en brossant un portrait surprenant de cette muette, adepte de la masturbation matinale dans son bain, qui sera déterminée à briser les chaînes de la créature, au sens propre comme au sens figuré.



Les thèmes de la différence et de la peur de l'autre sont ici dépassés pour atteindre la compassion et l'amour dans une pureté étrange.
Les seconds rôles sont aussi assez bien développés et représentent des minorités aussi diverses que marginales.
Sally Hawkins et Octavia Spencer

Octavia Spencer, incarne Zelda, l'autre femme de ménage, amie et complice d'Elisa. Boniche noire dirigée par une hiérarchie blanche et raciste, doublée d'un mari feignant, elle a un franc-parler réjouissant qui n'est pas sans rappeler l'autre rôle qui lui valut aussi un oscar : La couleur des sentiments.
Octavia Spencer a obtenu pour la Forme de l'eau, l'Oscar et le Golden Globe -entre autres- de la meilleure actrice dans un 2nd rôle.
Richard Jenkins, joue le rôle de Gilles, le voisin de palier d'Elisa, artiste peintre homosexuel, au chômage, ne trouvant pas sa place dans une société trop étriquée pour lui. Désillusionné dans son travail et ses amours, il aidera aussi Elisa, parfois maladroitement dans l'évasion de la créature. Les deux nous valent d'ailleurs une belle scène,mi langages par signe, mi-traduit par le personnage de Gilles, sur la capacité à reconnaitre ce qui est différent comme un des leurs.
Richard Jenkins et Sally Hawkins
Richard Jenkins a obtenu pour la Forme de l'eau, l'Oscar et le Golden Globe -entre autres- du meilleur acteur dans un 2nd rôle.
Oui je sais, ça devient agaçant toutes ces récompenses.
Les deux Michael : Shannon et Sthulbarg
Michael Sthulbarg dans le rôle du Dr Hoffstelter, incarne une minorité particulière lui aussi, espion russe, infiltré comme scientifique dans le labo américain, il aidera Elisa et la créature à s'enfuir, allant à l'opposé des décisions de son gouvernement, refusant de voir ce miracle de la nature, disséqué à des fins militaires.
Mais le grand méchant de l'histoire reste sans conteste Michaël Shannon, et là c'est incompréhensible qu'il n'est pas eu une seule récompense. Guillermo Del Toro a toujours su soigner ses méchants (on se souvient encore de Sergi Lopez dans le Labyrinthe de Pan). Dans le rôle du responsable de la sécurité Richard Strickland, Michael Shannon entre dans la cour des méchants que l'on aime détester. Regard inquisiteur, paroles misogynes et attitude de psychopathe, ce prédateur-là crève l'écran autant que la créature fascine. Les bonbons qu'il fait craquer en silence sous ses dents sont autant de secrets qu'il semble briser et qui résonnent dans le subconscient du spectateur.
Sally Hawkins et Michael Shannon.
 D'un rythme assez lent et se permettant des extravagances de mise en scène aussi charmants que surprenants, La Forme de l'eau reste avant tout un hymne à l'amour et à la tolérance. Et si son final reste d'une facture très classique, évitant la surenchère inutile, il est pour une fois plus optimiste que ce que nous avait habitué Guillermo Del Toro dans ses autres œuvres intimistes.
Beau succès pour le réalisateur mexicain dans un pays qui aura élu un président qui montrait du doigt la communauté hispanique comme responsable de beaucoup de maux.




dimanche 1 avril 2018

COLOSSAL


Article de Wilfrid RENAUD

Gloria, jeune New-Yorkaise au chômage fait un peu trop la fête et se fait larguer par son petit ami. Elle retourne dans sa ville natale et emménage dans la maison de ses parents. Elle ne tarde pas à retrouver un ami d'enfance, Oscar, patron d'un bar qui lui propose un emploi de serveuse. Tout semble rouler normalement quand les infos diffusent une vidéo sidérante : un monstre de plusieurs centaines de mètres est apparu à Séoul durant quelques minutes. Celui-ci réapparaît à la même heure, le lendemain.
Gloria ne tarde pas à découvrir qu'elle et ce monstre sont étrangement connectés : quand elle passe dans l'aire de jeux de sa petite ville, en faisant certains gestes, le monstre refait exactement  les mêmes à l'autre bout du monde, avec des effets dévastateurs....
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Colossal aurait put être une parodie de films type Godzilla mais le postulat de départ, s'il est tiré par les cheveux, est d'une originalité imparable. Traité avec beaucoup de second degré, il démontre en guise de métaphore, le phénomène de "L'effet papillon" et des conséquences de chacun de nos actes à l'autre bout de la planète.
Cette connexion  surréaliste doit beaucoup à son actrice principale, Anne Hathaway, qu'on avait pas vu aussi en forme depuis "Le diable s'habille en Prada ".
  Gauche, gaffeuse, déboussolée, elle tient le rôle d'une alcoolique, mais sans excès, qui essaye de reprendre pied avec son quotidien. Et sa prestation est un véritable festival d'expressions irrésistibles, rendues par son visage anguleux et ses grands yeux hallucinés. Son alter-égo à Séoul sera son sauveur d'une manière assez sidérante...
Toutefois, malgré les quelques scènes "monstres", le film se développe surtout autour de ses personnages principaux : Gloria et Oscar. Et le duo que forme Hathaway avec Jason Sudeikis fonctionne parfaitement. Celui-ci, d'ailleurs d'une gentillesse confondante au départ, va vite devenir d'une autorité insupportable, quand mis au parfum de la relation "Outre Pacifique" de Gloria, va insister pour qu'elle continue de faire "apparaître" son alter égo, voyant que chaque "Breaking News" remplit son bar de clients avides de sensations fortes. Jason Sudeikis se transforme vite en connard de première qui va vouloir mener cette "anomalie" à la baguette.

Quelques seconds rôles réjouissants viennent pimentés ce duo  qui réserve plus de surprises qu'il n'en a l'air. Notamment Dave Stevens (vu dans la série Légion), en petit ami arrogant de Gloria et Tim Blake Nelson, (éternel second couteau chez les frères Coen entre autres) le pote du coin qui sniffe dans les toilettes.
Le ton est souvent acerbe et la peinture de cette petite ville du Middle-west tranquille pleine d'ironie mordante.
Et si le final, avec l'explication d'une jalousie et d'un désir de revanche liés à l'enfance, a un sens de la déraison flagrant, il passe une nouvelle fois comme une lettre à la poste, grâce au talent de son réalisateur Nacho Vigalondo.
Une comédie fantastique mariée au drame aigre doux mais avec un plaisir jubilatoire.
A découvrir pour les uns à revoir pour les autres (Le film date d'avril 2017)

mercredi 7 février 2018

WIND RIVER



Article de Gaëtan WILDWOOD

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…
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 Taylor Sheridan ( Le shérif des Sons of Anarchy) poursuit sa trilogie des "frontières américaine moderne". Amorcé avec Sicario (frontière avec le Mexique), poursuivit avec Comanchira/Hell or High Water (les grands espaces texans), Sheridan termine avec les réserves amérindiennes du Wyoming enneigé.

L'intrigue, bien que sans originalité, a le mérite au moins ici de maintenir le suspense jusqu'au bout, aidé en cela par des paysages aussi magnifiques que glacials et désolés. Les personnages sont bien campés et les dialogues travaillés. Certains personnages ont de la profondeur et ça fait du bien. Le réalisateur prend le temps de fouiller leur âme. Les acteurs arrivent donc à faire passer beaucoup d'émotions sans pour autant tomber dans le pathos, chose assez remarquable pour un film américain "mainstream". Le film aborde aussi en toile de fond la question de la communauté amérindienne parquée dans des réserves où sa jeunesse est confrontée au chômage, à l'alcoolisme et à la drogue. Le ton est juste et montre la réalité cruelle de cette Amérique là sans trop la victimiser. On retrouve ainsi la rencontre de la puissance masculine qui dissimule du chagrin et la fragilité féminine qui planque une force surprenante, sans oublier la BO de Nick Cave et Warren Ellis formidable.

 

Coté casting, Jeremy Renner demeure parfait en cowboy au coeur brisé. Elizabeth Olsen qui semble fragile, se révèle être une coriace. Tout au long du film, on découvre des personnages attachants mais aussi leur tristesse voir la dépression.

Pour conclure, Wind River, jouant entre la noirceur et la poésie, si il ne révolutionne pas le genre, constitue néanmoins un excellent thriller hivernal bien mené et intelligent, la ou "Le Bonhomme de Neige" lui s'était carrément planté

dimanche 4 février 2018

THE KEEPING ROOM


Article de Frédéric SERBOURCE

En quelques minutes, la scène d'ouverture nous plonge dans le chaos d'une Amérique laissée en jachère à la sauvagerie des plus bas instincts alors que la Guerre de Sécession fait rage sur des fronts éloignés. Dans ces contrées que tous les hommes en âge de combattre ont quitté, il ne subsiste qu'une forme de désespérance et de crainte que tôt ou tard la brutalité de la guerre ne les rattrape. Elle s'incarnera ici dans deux soldats yankee (que l'on suppose déserteurs) rapportant dans leurs ombres les horreurs du front et laissant libre cours à leur déchaînement de violence dans des petites villes isolées où il ne reste plus que des femmes et des vieillards...

Encore éloignées de leur route, vivent deux soeurs et celle qui fut l'esclave de la famille.
Le film dont le discours résolument féministe prendra bien des formes nous dresse alors le quotidien austère de ces femmes qui survivent avant tout. Comme nous le montrera une rapide visite dans une maison du voisinage où l'occupante n'a plus eu la force de continuer, celles-ci sont déjà habitées par une forme de résistance inconsciente qui les a amené à accepter leur condition d'être sorties de l'ombre des hommes pour trouver un nouveau rôle dans la persévérance et au-delà de la simple survie.
Cela se traduit par petites touches dans le film comme le statut de la servante par exemple : alors que la plus jeune des soeurs continue à se maintenir dans l'ancien rapport maître/esclave, l'aînée, elle, choisit de la traiter d'égale à égale, même si, dans la colère, des vieux réflexes ressurgissent ici et là. Ainsi, subtilement, on nous montre que l'absence des hommes peut amener à faire bouger les lignes, pas encore de manière parfaite, surtout lorsque le retour d'émotions primaires se fait ressentir (et que le film associe donc aux hommes, bâtisseurs de l'esclavage), mais suffisamment pour créer une réelle harmonie dans l'adversité.
Malgré des interférences, ces trois femme se serrent les coudes, conscientes que le climat de mort engendré par la guerre est sans cesse rappelé par cette absence masculine que les décors minimalistes traduisent si intelligemment bien.

 
 
Si la noirceur était déjà présente de manière plus ou moins sous-jacente, elle va évidemment augmenter de nombreux crans avec l'arrivée des deux hommes aux intentions cruelles dans la vie des trois femmes. Dès lors, la résistance féminine devient bien sûr explicite proportionnellement aux actes violents masculins mais le film ne sombre pas pour autant dans les excès qu'aurait pu engendrer une telle confrontation, l'abordant de manière extrêmement réaliste (la violence ne nous est pas aussi épargnée à nous, spectateurs), il la traite comme une sorte de passage initiatique, de la pire des sortes, certes, mais nécessaire aux trois femmes pour les mettre face-à-face au mal absolu engendré par la guerre dont elle n'avait jusqu'alors que leur imagination pour en jauger l'étendue et aussi en vue de les préparer à une plus grande menace. Comme leur annoncera un des deux hommes pour souligner leur situation inéluctable, la première vague de l'armée de l'Union, encore bien plus cruelle qu'eux, marche aussi dans leur direction...
Et pourtant, ces femmes grandiront dans l'affirmation de leur puissance commune en résistant jusqu'au bout, en affrontant ou en confessant l'inimaginable pour mieux nous laisser sur la plus merveilleuse pointe d'ironie de force féministe lors des derniers instants.

Entre "Les Proie" de Don Siegel et la version de 2017 par Sofia Coppola, les deux adaptations du roman de Thomas Cullinan au point de départ similaire au film de Daniel Barber, il faudra désormais compter "The Keeping Room", un film nimbé dans les ténèbres les plus désespérément humains mais dont parvient à s'échapper un halo de lumière par la seule force du message de solidarité féminine qui l'habite. Et puis, c'est avant tout un excellent western à l'esthétique aussi irréprochable qu'à contre-courant des canons du genre et sublimé par une interprétation complètement investie (Brit Marling, Muna Otaru et Sam Worthington en tête). Une réussite du genre encore hélas curieusement inédite en France...