POURQUOI CE BLOG ?

Ce blog est destiné à donner un avis sur des films récents. Cela permet de partager une passion commune que l'on n'a parfois pas le temps de faire à cause de nos emplois du temps (sur)chargés.

Les coups de gueule contre les navets et les films qui n'ont pas affolés le cardiogramme ne seront pas évoqués. Il existe un très bon site pour cela : le site de NANARLAND

Bonne visite
Wilfrid RENAUD

mardi 18 juin 2019

SALE TEMPS A L'HÔTEL EL ROYALE

 Article de Wilfrid RENAUD
Sorti l'an dernier, l'édition DVD m'a permis de découvrir ce petit bijou de polar ironique.
Quentin Tarantino a un petit frère et il s'appelle Drew Goddard. Bon ceci dit, la violence graphique est moins explosive mais son film a des allures d'un cheval tarantinesque au petit trot qui ne demande qu'à cavaler.
Déjà auteur du sympathique "La cabane dans les bois" en 2011, Drew Goddard signe ici un hommage au polar noir, doté d'un humour particulier. Ce qui le rapproche de Tarantino, outre le fait qu'il ait aussi signé le scénario, c'est sa capacité à faire rebondir le film par le biais de chaque personnage, là où on l'attend pas vraiment. Certes, certaines choses sont prévisibles mais il nous entraine tout de même hors des sentiers battus et cela fait un bien fou.
Fin des années 60, l'hôtel El Royale est situé à cheval sur la frontière séparant le Nevada et la Californie, une ligne rouge le sépare en deux. On sent tout de suite l'étrangeté du lieu aussi bien que sa particularité. Le Nevada est de couleurs sombres dans sa décoration tandis que la Californie possède des teintes plus chaudes. Les deux vont symboliser tout le long de l'histoire, le Bien et le Mal, la raison et la folie. Un temps de chiotte qui n'arrangera rien et l'impossibilité de quitter les lieux après qu'un des personnages ait saboté toutes les voitures, en fera une espèce de purgatoire où chacun devra se mettre à nu pour survivre.
 
Dans cet hôtel perdu en forêt vont débarquer plusieurs protagonistes en apparences très lisses mais qui vont se dévoiler au fur et à mesure plus complexes, avec des intentions pas toujours très saines
El Royale, dont le personnel se résume à un groom qui fait office de réceptionniste, barman et homme de ménage, est lui-même à double facette, possédant un couloir secret, menant à chaque chambre via un miroir sans teint. Petite malice architecturale qui permettait d'espionner les ébats sexuels des célébrités qui ont fréquenté El Royale au début de la décennie, comme en témoignent les photos souvenirs dans le hall d'accueil.
Un prêtre, une chanteuse, un agent de commerce et une hippie louent chacun une chambre. La cohabitation sera rapidement brutale, saignante voire mortelle pour l'un des quatre qui va fourrer son nez là où il ne faut pas.
Difficile d'en dire plus sans tout dévoiler mais chaque personnage est plutôt bien développé, que ce soit à travers les nombreux flashbacks, qu'au travers le déroulement de l'histoire.
Car sous son apparente confusion, "Sale temps à l'hôtel El Royale" est une mécanique parfaitement huilée, servi par des comédiens chevronnés. Jon Hamm semble tout droit sorti de sa série "Mad men", Dakota Johnson assure et inquiète à la fois avec son look de hippie et son regard froid, Cynthia Eviro chante en live et a capella des standards des seventies dans le style motown avec une chaleur communicative et Jeff Bridges incarne un faux-prêtre mais atteint d'un vrai début d'Alzeihmer avec une finesse touchante.
 
 La palme revient ici à Chris Hemworsth, gourou hippie psychopathe et manipulateur qui débarquera au dernier quart du film, bien loin du rôle de Thor qui l'a consacré, mettant carrément le feu au dénouement.

Le rythme est lent, saccadé, rebondissant mais le ton délicieusement ironique. Un hôtel qui rentre dans le classement des sales endroits où on n'a pas envie de passer ses vacances, ça tombe bien, il n'existe pas. Entièrement construit en studio sur une surface de 5000m2, le lieu offre un terrain de jeu aux acteurs et au réalisateur, qui permet d'explorer quelques mêmes scènes sous différents points de vue.
Pas le film de l'année mais un bon petit polar qui change des blockbusters fadasses avec un casting quatre étoiles.... quatre étoiles pas si mal pour un drôle d'hôtel isolé.

samedi 27 avril 2019

AVENGERS ENDGAME









Article de Wilfrid RENAUD.

Avengers Endgame ou comment offrir la plus belle fin de contrat à trois acteurs ayant incarnés des personnages emblématiques de la saga. Non pas qu'ils soient le maillon faible de l'équipe mais il y a les super-héros...et les héros. Et leur révérence, pour ceux qui y sont attachés, vous mettra une petite poussière dans l’œil.
Les gars, y'en a qui reviendront pas dans la prochaine saison...
Mais c'est là pour moi le seul point tant soit peu tragique. En effet, même si le film possède de beaux moments, je le trouve dramatiquement moins fort que son premier volet. La récupération dans le passé des pierres de l'Infinité pour contrer Thanos, tient plus de la comédie (la fusion des deux personnalités Banner/ Hulk est à ce stade too much) où certains personnages vont croiser leurs doubles façon "Retour vers le futur". Et une fois l'affaire faite, c'est quasiment gagné même si le vilain a de la ressource. Bref, c'est sympa sans être d'une originalité folle. 
Néanmoins le cahier des charges est rempli pour le bouquet final, chaque personnage a son moment et l'ensemble est bien meilleur que le boursouflé "Black Panther" ou le vide intersidéral "Captain Marvel" (celle-ci d'ailleurs fonctionne mieux dans ses furtives apparitions au sein de l'équipe que dans son film solo).
Bref du spectacle version grand-huit à rallonge avec ses petits instants d'émotions

Article de Frederick Serbource.
14 000 605 hypothèses envisagées par Dr Strange mais bien une seule qui devra combler les promesses faites aux millions de spectateurs à travers le monde entier après le claquement de doigt le plus génocidaire de l'histoire du cinéma et elle se trouve bien entendu au cœur de "Avengers: Endgame" !
Deuxième partie de la conclusion-feu d'artifice de 21 films Marvel ayant construit l'univers le plus étendu que l'on ait vu sur grand écran, "Endgame" est probablement le long-métrage du MCU dont on ne peut concevoir le moindre droit à l'erreur possible tant son rôle dans la saga est décisif : le film doit en effet répondre de manière au moins équivalente aux superlatifs engendrés par la réussite de "Infinity War" et refermer le premier tome de l'ensemble des aventures de ces super-héros étalées sur trois phases, du premier "Iron Man" au récent "Captain Marvel", tout en laissant assez d'espace pour l'avenir. Autant dire que la tâche était follement titanesque (héhé) et on a beau remercier Marvel d'être parvenu à concrétiser un imaginaire que les amateurs de comics n'osaient même pas rêver de découvrir sur grand écran il n'y a encore pas si longtemps, notre appréhension était grande face aux attentes entourant une telle entreprise, surtout après l'amuse-gueule nous présentant le personnage de Captain Marvel, symptôme même d'une formule répétitive se déclinant à l'infini(ty) et principale critique que l'on peut faire à un MCU toujours trop prompt à rester sur les acquis lui valant son succès interplanétaire...

Ne tournons pas autour du pot et n'en disons pas trop pour ne rien gâcher : "Endgame" est la conclusion rêvée de cet énorme arc sur les pierres d'Infinité pour tous ceux ayant adoré partager la construction de cette aventure et la découverte de tous ses protagonistes super-héroïques au cinéma pendant plus d'une décennie !

Bon, évidemment, la part cinéphile en nous trouverait pas mal de choses à redire sur certaines énormes facilités scénaristiques et la partie centrale du film demande sûrement que l'on n'y réfléchisse pas trop à deux fois sur les événements présentés ou sur sa qualité inégale mais, bon sang, celle-ci ne fait clairement pas le poids face à cet énorme kiffe que représente le film pour tout spectateur ayant un tant soit peu gardé son âme de grand enfant amateur de comics et/ou des dessins animés qui vont avec ! "Endgame" est tout simplement une espèce d'hommage idéal à tout le MCU, aussi bien à ses actes fondateurs qu'à ses grandes figures, et même, osons-le dire, une immense déclaration d'amour à ses fans cherchant à tout prix à les mettre en communion devant ce qui est la plus grande épopée de leurs héros (vu le nombre de salves d'applaudissements des spectateurs que le film déclenche en cours de route, croyez-nous, ça fonctionne de tous les diables!). Une approche qui tranche d'ailleurs avec les critiques habituelles que l'on évoquait plus haut, "Endgame" se sert bien sûr des standards que l'on ne connaît que trop bien de son univers mais il parvient (tout comme "Infinity War") à surprendre en réinterprètant sa mythologie et sa plus grande menace dotée d'une aura différente du dernier film et, re-bon sang, ça fait un bien fou !

 
Même si l'on pouvait se douter des grandes lignes que le récit emprunterait, il réussit l'exploit de nous emporter constamment avec lui, multipliant les moments épiques (vous risquez même de vous surprendre à crier des "hourra" devant la dernière partie, c'est dire !), donnant à chacun de ses dizaines de personnages le moment de briller et offrant le spectacle grandiose que cette incroyable assemblée d'Avengers méritait. Encore mieux, l'émotion, une denrée habituellement rare dans les films Marvel -soyons honnêtes- est omniprésente dans cette conclusion, bien entendu sur le contrecoup des pertes du précédent opus -Thanos est venu, a combattu, a vaincu et a laissé les Avengers désemparés devant l'étendue du désastre- le film en traite même les conséquences humaines en se focalisant plus particulièrement sur les grands absents de "Infinity War", Clint Barton et Scott Lang, mais aussi en jouant sur le fait que tout le monde peut désormais y passer dans cette ultime bataille (un conseil, prévoyez quelques mouchoirs en bout de course).
Enfin, un peu comme si cette vague de réussite rehaussait les autres compteurs dans son sillage, toute la mécanique habituelle de Marvel atteint également ses plus hauts seuils qualitatifs : l'humour n'a jamais aussi bien fonctionné (chose rare, les vannes qui tombent à l'eau sont bien moindres que les bonnes, on se marre vraiment sans que cela n'influe ou désamorce trop la gravité des événements), les personnages n'ont jamais été aussi attachants avec leurs passifs respectifs judicieusement mis en exergue, le fan-service atteint des sommets comme on en a rarement vu mais toujours de façon à être aussi surprenant que jouissif (un régal de ce côté, on en reste parfois admiratif vu le nombre de... mais chuuut !) et même les frères Russo font un peu plus que leur habituel service minimum en termes de réalisation pour rendre justice à l'ampleur que représente ce dernier chapitre (de l'absence de franche prise de risques à leur habituels problèmes de découpage, c'est encore bourré de défauts mais, par exemple, il suffit de juste de comparer l'impact du personnage de Captain Marvel ici à l'intégralité de son film éponyme pour s'en rendre compte)...
Bref, "Endgame" est le point final presque parfait d'une époque et de personnages que l'on aura pris un immense plaisir à suivre au-delà des défauts marveliens qui les accompagnaient invariablement et le film n'a pour but que de nous le rappeler sans cesse en s'aventurant avec conviction sur le terrain de l'émotion pour un dernier au revoir sur fond de grand spectacle et de revanche... avant le début d'une nouvelle phase bien sûr. Le monde aura toujours besoin de ses super-héros Marvel pour se divertir et, si la fournée de prochains projets du studio tente au moins d'égaler la qualité de ce "dernier" chapitre au lieu de se reposer bêtement sur une simple formule, inutile de dire que l'on est prêt à les suivre... "Avengers Assemble !", "Endgame" est fait pour vous !
 
 

jeudi 11 avril 2019

SIMETIERRE



Article de Frédéric SERBOURCE.
Le carton de "Ça" ayant définitivement ouvert les vannes, les adaptations des romans de Stephen King se mettent à éclore telles des petits poussins en batterie et, comme l'écrivain est un des plus prolifiques en son domaine, autant dire que la fournée paraît infinie dans les années à venir, aussi bien sur le grand que le petit écran. Cette fois, c'est au tour de "Simetierre" de revenir d'outre-tombe (rires) après une première mouture réalisée par Mary Lambert et à laquelle vouent un petit culte bon nombre de fans du genre. En effet, si le film de 1989 pouvait s'apparenter à un condensé du roman en en éliminant certains ingrédients pour aller à l'essentiel, il n'en demeure pas moins que Mary Lambert avait su en capter l'esprit et à le retransmettre en jouant habilement avec l'étanchéité des frontières de la mort face à un deuil impossible dans le contexte de ce fameux vieux cimetière aux maléfices miraculeux. Évidemment, depuis, le long-métrage a pris mal de rides au point de ne pas donner trop envie à une nouvelle génération de s'y attarder et, vu la hype "kinguienne" du moment, il n'est pas étonnant que des producteurs aient eu envie de ressusciter cette histoire au cinéma dans le but de la faire découvrir à nouveau (et accessoirement de faire vibrer le tiroir-caisse en mettant des "Par les producteurs de Ça" partout). Dans le fond, pourquoi pas ? Il y avait matière à une deuxième adaptation (et non remake, rappelons-le, le raccourci est si facile), après tout, le premier film ne faisait qu'effleurer le potentiel de la noirceur du livre (c'est dire la force de l'écrit) et celui-ci contenait encore suffisamment de pistes inexplorées pour donner une toute autre envergure au récit. Encore fallait-il que les visées mercantiles ne prennent pas le dessus sur une véritable nouvelle approche...


À la surprise générale, ce "Simetierre" 2019 est plutôt de bonne tenue et se montre même plutôt malin pour déjouer certaines attentes autour d'une intrigue que tous les amateurs de l’œuvre croient sûrement connaître. Toute la trame principale du roman et de la première adaptation est bel et bien présente, rassurez-vous, et, pendant sa première heure, le film réussit l'exploit de nous faire apprécier sa relecture en renouant avec cette atmosphère montant graduellement vers un tournant dramatique anxiogène que l'on sait inéluctable. Certes, sa facture visuelle reste désespérément banale mais ce "Simetierre" 2019 débarque néanmoins avec une idée de l'horreur à l'ancienne (avec quelques inévitables jumpscares pour contenter les plus jeunes) misant avant tout sur la teneur forcément fascinante de son histoire en distillant les éléments qui vont amener à son basculement. Les réalisateurs Kevin Kölsch et Dennis Widmyer préfèrent saisir l'opportunité de construire l'ambiance offerte sur un plateau par le matériau d'origine en interrogeant notre rapport à la mort à travers les différents traumatismes peu à peu dévoilés au sein de cette famille et qui, bien entendu, vont prendre une nouvelle tournure grâce aux informations de leur voisin solitaire. Également porté un casting solide indispensable à notre attachement au sort de tous ses protagonistes (Jason Clarke et John Lithgow sont plus que convaincants), "Simetierre" 2019 n'a donc pas à rougir face à son aîné par l'efficacité et la tension émanant de sa relecture qui, si elle n'a plus tellement le bénéfice de la surprise pour engendrer la peur, nous emporte sans peine au cœur des enjeux tragiques vécus par cette famille. La force de la redécouverte de l'événement le plus terrible que cette dernière subira en sera sûrement le meilleur porte-étendard...

D'ailleurs, c'est à partir de ce moment que cette deuxième adaptation va s'octroyer la majorité de ses libertés avec l'histoire originelle et c'est sur ce point précis que le film va peiner à se donner une identité qui justifierait vraiment le sens de son existence dans son intégralité. Alors, oui, cela a le mérite d'offrir un petit renouveau par l'intermédiaire de quelques nouvelles scènes (celle de la "danse" provoque un début de malaise notamment) et les nouvelles confrontations qui en découlent mais est-ce que cela bouleverse vraiment la teneur du film ? On ne peut hélas que répondre par la négative, "Simetierre" 2019 se contente de changements qui n'ont finalement qu'un maigre impact sur son déroulement général ou le propos qui l'accompagne et peine à s'affirmer au-delà d'un dernier acte au rythme plus soutenu que le précédent. De fait, si l'on ne peut que saluer l'efficacité de l'entreprise (on a franchement vu bien pire comme adaptation confrontée à une autre plus illustre), il devient dur de croire que cette nouvelle version a suffisamment d'envergure pour rester dans les mémoires, d'autant que les passages inexplorés du livre par son aîné (le Wendigo, le passif avec les autres cas, etc) qui lui aurait permis de faire la différence en restent au stade de simples évocations.
Ce problème d'identité du film se traduit aussi sur la question de savoir à quel public il se destine.
Une grande partie de la nouvelle génération ne sera probablement pas séduite par un film qui préfère, la plupart du temps, miser sur l'ambiance épouvante old-school de sa progression dramatique plutôt que sur les effets faciles (il y en a mais ils ne sont clairement pas le moteur du film) et les aficionados de la première adaptation peineront à être emballés par cette deuxième faute d'une réelle pertinence quant à une approche porteuse d'idées novatrices sur le fond. Tout cela sans compter ceux qui se seront faits berner par une promotion putatrice au possible (les enfants masqués mis partout en avant sur les affiches ont droit à une apparition anecdotique, les qualificatifs faciles sur le côté terrifiant du film et les bandes-annonces en révélant beaucoup risquent de se retourner contre lui) et ceux espérant enfin voir un film s'emparant de l'intégralité du roman.
Bref, son manque d'identité risque de coûter cher à ce "Simetierre" 2019 qui n'a pas assez d'arguments pour s'imposer aux différentes strates du public auxquelles il cherche à s'adresser. Dommage pour lui car, pour peu que l'on débarrasse de ses préjugés d'avant-visionnage et que l'on se laisse aller à l'envie de redécouvrir cette histoire, le film de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer a bon nombre d'atouts qui en font une nouvelle adaptation honnête et respectueuse de l'ambiance qui nous vient forcément à l'esprit lorsque le nom de "Simetierre" est évoqué.


samedi 19 janvier 2019

GLASS


Article de Frederic Serbource.
 Bien avant que les super-héros pullulent sur grand écran dans des univers se terminant en C.U., M. Night Shyamalan nous interrogeait déjà sur notre rapport à la mythologie issue des comics avec ce qui resterait sans doute comme un de ses meilleurs long-métrages, "Incassable". À travers David Dunn (Bruce Willis), un ancien sportif se découvrant des capacités surhumaines, le cinéaste réussissait le pari d'extirper des cases de BD ces figures superhéroïques pour les déconstruire dans notre réalité à la lumière d'une frontière entre le Bien et le Mal loin d'être aussi manichéenne qu'en version papier. À cet égard, le paroxysme de cette approche s'incarnait parfaitement dans le personnage d'Elijah Price alias Mr. Glass re-alias le Bonhomme de Verre qui révélait son statut de nemesis de Dunn dans un twist final offrant une relecture du film bluffante, marque de fabrique de l'auteur Shyamalan. Dix-sept ans plus tard, "Split" abordait la notion de crédibilité d'un super-pouvoir à travers Kevin Wendell Crumb, un personnage gouverné par vingt-trois personnalités différentes se donnant le nom commun de La Horde. L'avènement d'une vingt-quatrième capable de prouesses physiques hors du commun et répondant à la douce dénomination de La Bête faisait évidemment intervenir une interrogation surnaturelle sur sa nature tranchant avec un potentiel cas uniquement médical. Le fameux épilogue reliant l'univers de "Split" à celui de "Incassable" avec l'apparition de David Dunn prononçant le dernier mot du long-métrage, "Glass", laissait augurer une suite de grande ampleur réunissant ces trois "super-héros" d'un genre nouveau dans un ultime combat.



Dernier épisode logique de cette trilogie, "Glass" reprend là où on avait laissé nos héros et regroupe les deux thématiques des précédents films en une seule : la crédibilité du mythe du super-héros.
Débarrassé de l'omniprésence de Mr. Glass (logiquement interné pour ses crimes) sur ses agissements, David Dunn a trouvé sa propre voie de super-vigilante, Le Superviseur, en arrêtant les petits malfrats de Philadelphie grâce à ses pouvoirs et l'aide de son fils (et Bruce Willis le fait bien mieux que dans "Death Wish", rassurez-vous). Dans ce premier acte qui va le voir se confronter à La Horde, ces êtres dotés de super-pouvoirs assument pleinement leurs destinées mais en restant dans l'ombre d'un monde qui les ignore encore, du moins, n'ayant pas totalement conscience de leur étrangeté. Seule une psychiatre (Sarah Paulson) spécialisée dans les troubles de la mythomanie et plus particulièrement sur les spécimens se prenant pour des super-héros vient soudainement se mettre en travers de leur route et parvient à enfermer David Dunn et La Horde aux côtés d'un Mr. Glass végétatif dans un asile afin de les guérir.

 Démarre alors le second acte qui va amener à confronter le mythe super-héroïque à la réalité de son existence. En effet, la psychiatre va mettre en doute les capacités de ces trois personnages en les ramenant avec une vraie force de persuasion à une simple aberration médicale. Poussant de quelques crans encore plus loin la dimension méta de "Incassable", "Glass" fait de cette figure scientifique une espèce de chappe de plomb cherchant à freiner leur caractère super-héroïque pour le réduire à ce seul fantasme issu des pages de papier glacé que les trois patients se seraient appropriés. En poussant encore plus loin le sous-texte très malin de ce discours par sa portée multiple, on pourrait déceler chez ce personnage une volonté d'annihiler une nouvelle version de super-héros qui ne serait pas conforme aux codes du genre, c'est à dire tel que le courant mainstream des comics l'entend (coucou Marvel, DC & co qui vont en prendre plein la tête à partir de ce moment). Amenés carrément à douter de leurs propres raisons d'être, la vision offerte de David Dunn et Kevin Wendell Crumb par les deux premiers films en vient même à se fendiller dans leurs yeux et ceux du spectateur... jusqu'au réveil du fameux Bonhomme de Verre (ben oui, ça se fendille, il se ramène, logique).

M. Night Shyamalan avait débuté son aventure super-héroïque avec un sommet et il la conclut presque logiquement avec un autre. On pourra relever quelques petits défauts comme l'insertion hasardeuse des personnages connexes aux héros dans la première partie (le fils de David Dunn, l'héroïne de "Split" et la mère de Mr. Glass ont dû mal à trouver leurs places dans les grands enjeux qui se dessinent au commencement, ça ne dure heureusement qu'un temps et tous auront un rôle à jouer) mais comment ne pas jubiler devant ce qui ressemble à un final parfait aussi bien sur le schéma élaboré et enfin révélé de la trilogie que sur la destinée de chacun de ses protagonistes ? James McAvoy livre une fois de plus une performance hallucinante, explorant un peu plus la multiplicité des visages de Kevin et offrant les plus beaux instants d'émotion du film lors de ses retrouvailles avec le personnage d'Anya Taylor-Joy. Bruce Willis renoue avec un jeu intériorisé qui n'est plus synonyme de somnanbulisme et renfile son plus bel imperméable pour son rôle de super-héros à l'image christique en plein doute (aaah cette scène de la porte !). Et Samuel L. Jackson bien entendu, plus retors et intelligent que jamais dans son habit de Mr. Glass pour mener ses projets machiavéliques à bien. Comment ne pas saluer le conteur M. Night Shyamalan revenu en pleine possession de ses moyens aussi bien sur le fond que sur la forme pour mener à terme son histoire ? Comment ne pas saliver devant un film qui repousse les limites de la vision méta sur la définition même du super-héros dans des proportions démentielles en multipliant les degrés de lecture ? 
Et, enfin, comment ne pas prendre tout simplement son pied devant un film de super-héros tellement différent qu'il en fait le cœur de son sujet ? Personnellement, on ne voit pas, mais alors pas du tout.

samedi 12 janvier 2019

KATIE SAY GOODBYE

Article de Frederic Serbource 
Avec ce coin perdu d'Arizona où l'espérance d'un avenir meilleur est une idée obsolète dès la naissance, "Katie Says Goodbye" dessine un cadre bien connu des standards du cinéma indépendant américain. Le désert, des mobil-homes où une misère humaine stagne, laissée sur le bord de la route d'un monde extérieur qui avance sans elle, des habitants conscients qu'ils ont loupé le coche à un moment ou à un autre de leurs existences et dont la moralité s'adapte à leur façon de tromper un ennui permanent, un restaurant intemporel et seule grande activité de la bourgade en mouvement avec sa clientèle nomade de chauffeurs de poids-lourds... Vu le décor habituel de ce premier film de Wayne Roberts, on serait presque tenté de dire que l'on connaît déjà tous les contours de son héroïne avant de la découvrir : une serveuse rêvant forcément de s'échapper de cette prison à ciel ouvert pour des horizons meilleurs.
 

C'est bel et bien le cas mais rien ne nous avait préparé à la lumière émanant de Katie (Olivia Cooke), à cette espèce d'optimisme inaltérable qui, contre toute attente, est parvenue à survivre pendant des années malgré le pessimisme de ce cadre. Attention, le personnage n'est ni stupide ou naïf, non, Katie s'est simplement construit son propre système de croyances où la pureté de ses émotions est égale à sa détermination pour rejoindre un jour la destination de ses rêves, San Francisco.
En attendant ce moment, Katie se laisse guider par cette espérance en mettant tout en oeuvre afin qu'elle se concrétise au plus vite et en faisant des ombres qui l'entourent une force pour y parvenir. Le père qu'elle n'a jamais connu est ainsi devenu une présence invisible bienveillante auquel Katie s'adresse chaque soir avant de dormir. Sa mère (Mireille Enos) est une épave qui n'hésite pas à dépenser l'argent de sa fille avec ses nombreux amants mais ce n'est pas un problème, pour payer leur loyer, Katie travaillera le double... ou se prostituera.

 
Car, oui, aussi étonnant que cela puisse paraître vu la description du personnage, Katie entretient des rapports tarifés avec une grande partie de la population masculine du coin. Pourtant, cela s'inscrit parfaitement dans sa logique, elle ne voir absolument aucun mal à s'adonner à cette activité (le film nous fait ressentir assez bien la considération très banale que Katie a autour de cela malgré nos a priori forcément contraires) puisque c'est un des moyens qui lui permettra de quitter cette petite ville sans avenir. Elle a grandi avec une mère qui en faisait autant et a donc assimilé le fait d'utiliser son corps contre de l'argent comme un acte anodin pour augmenter rapidement le montant de ses économies. Seulement, cette manière d'agir est un venin hérité d'une mère qui ne s'est jamais considérée comme telle et ses effets d'abord latents vont prendre une ampleur dévastatrice lorsque les yeux amoureux de Katie vont croiser la route d'un repris de justice mutique (Christopher Abbott).
"Katie Says Goodbye" va alors précipiter son héroïne dans des ténèbres dont personne ne pourrait sortir indemne. Cet amour qui aurait dû être une nouvelle force pour l'accompagner vers la réalisation de son rêve va en fait devenir le catalyseur de tous les dégâts que son comportement insouciant a provoqué depuis des années. Le personnage aura beau tenter de stopper l'engrenage dont elle se retrouve prisonnière en essayant de mettre un terme à ses activités de prostitution, rien ne parviendra à stopper sa terrible chute où toutes les ombres qu'elle ignorait volontairement jusqu'alors vont reprendre leurs droits pour la détruire. Quelques piliers résisteront face à cette lame de fond comme ces figures parentales de substitution incarnées par une serveuse plus âgée (Mary Steenburgen) et un habitué de sa "clientèle" (Jim Belushi) mais, au final, ces rares remparts auxquels Katie tentera de se raccrocher ne pourront rien ou si peu face aux abysses auxquels la jeune fille paraît désormais destinée.
 
Alors que les plus terribles épreuves s'accumuleront sur les épaules de la petite serveuse jusqu'à nous laisser imaginer une fin de parcours d'une noirceur sans nom, "Katie Says Goodbye" nous prendra complètement à revers sur le terrain de l'émotion en allant puiser une nouvelle fois dans la volonté de son personnage dont on n'avait en réalité à peine mesurer l'étendue. Pendant que l'on peinera à se relever de tout ce que Katie a subi, l'héroïne, elle, nous aura précédé et nous irradiera une dernière fois de toute sa lumière, de cette force que tous ont essayé de mettre à terre sans y parvenir. Ce qu'on avait pris comme une simple flamme chez le personnage était en réalité un buisson ardent dont la puissance atteindra des sommets avec ce fameux "goodbye" tant espéré de Katie...

Évidemment, "Katie Says Goodbye" doit beaucoup à la prestation exceptionnelle d'Olivia Cooke dont la caméra de Wayne Robets nourrit le film grâce la subtilité et la sensibilité de son jeu souvent en gros plans. À l'instar de son personnage, l'actrice brille, constamment, avec ce fabuleux portrait de femme, écrin parfait pour renforcer ce sentiment d'une comédienne qui cesse de monter en puissance dans une filmographie éclectique. Mais, la réussite de "Katie Says Goodbye" est aussi à mettre au crédit de la justesse de la vision d'ensemble de Wayne Roberts. Pour son premier long-métrage, le cinéaste évite astucieusement tous les directions attendues vers lequel ce sujet très connoté "indé US" le prédestinait. Non seulement, "Katie Says Goodbye" nous attache et nous surprend par le caractère si particulier de son héroïne mais le film parvient à creuser un minimum tous les personnages gravitant autour au lieu d'en faire les leviers habituels sur la route d'émancipation de la jeune femme. Ainsi, Mireille Enos aura l'occasion de montrer les failles de cette mère consciente de ses manques mais auxquels elle ne peut remédier, Christopher Abbott de traduire toute la détresse de son personnage ayant cru trop vite à l'innocence de ce nouvel amour comme possible rédemption ou encore Jim Belushi de construire en quelques regards un rôle pas facile oscillant entre une tendresse véhiculée par de réels sentiments et son statut pas vraiment enviable d'habitué des faveurs sexuels de Katie...

Bref, "Katie Says Goodbye" est sans doute ce que le cinéma indépendant US peut nous proposer de meilleur lorsque celui-ci s'empare de ses ingrédients les plus classiques pour chercher à leur donner un traitement inédit et non pas de les répéter à l'infini dans une formule connue de tous. Si l'intelligence de cette approche s'ajoute au réel investissement de son auteur pour ses personnages et à des comédiens conscients qu'on leur offre là des rôles en or, on obtient une pépite comme on en croise trop rarement. Au revoir, Katie, et merci.