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Ce blog est destiné à donner un avis sur des films récents. Cela permet de partager une passion commune que l'on n'a parfois pas le temps de faire à cause de nos emplois du temps (sur)chargés.

La crise sanitaire ayant eu raison des cinémas et des programmations, des films un peu antérieurs à 2020 peuvent être évoqués dans l'actualité.

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Wilfrid RENAUD

samedi 23 octobre 2021

THE PROFESSOR AND THE MADMAN

 

Article de Wilfrid RENAUD

L’affiche était alléchante : Sean Penn et Mel Gibson, épaulés par des seconds rôles marquants comme Natalie Dormer et Stephen Dillane (tous deux déjà présents dans Games of Throne), Steve Coogan ou Eddie Marsan.  J’ai eu un moment de méfiance me souvenant de castings en or pour des trucs peu ou pas emballants. Le film de Farhad Safinia, réalisateur iranien, tient quasiment toutes ses promesses en délivrant une histoire humaine et humaniste, où le pardon, la rédemption et l’altruisme sont au cœur de la thématique.

En 1872, William Chester Minor, médecin militaire de formation, traumatisé par la guerre de Sécession, est interné depuis plusieurs années dans un asile en Angleterre après avoir commis un meurtre durant une crise de schizophrénie. Un jour, il répond à l'annonce publiée par le lexicographe James Murray, qui cherche des collaborateurs pour éditer un dictionnaire de référence, publié par l’université d’Oxford. Au fil des ans, Chester Minor devient l'un des principaux contributeurs, envoyant une quantité astronomique de fiches.

 

Adapté du livre de Simon Winchester et tourné en 2016, le film ne sort qu'en 2019. La sortie a notamment été retardée par un conflit entre certaines sociétés de production. Aux États-Unis, il ne connait qu'une sortie limitée en salles puis en vidéo à la demande. En France, il sort directement en vidéo en 2019. Il est ensuite présenté hors compétition au festival du cinéma américain de Deauville 2020. Les raisons de ces déboires sont des conflits entre la société de production de Mel Gibson et la société de production et de distribution Voltage Pictures. 

En juillet 2017, Mel Gibson et sa société Icon Productions tentent une action en justice contre Voltage Pictures . Ils reprochent à Voltage Pictures le contrôle de certains aspects de la production. Il est aussi reproché à Voltage Pictures d'avoir refusé de programmer cinq jours de tournage pour des scènes importantes à Oxford ainsi que le final cut au réalisateur. Ces poursuites font ensuite l'objet d'un règlement à l'amiable confidentiel en avril 2019. Mel Gibson et le réalisateur Farhad Safinia prennent alors leur distance avec le film, estimant que la version sortie par Voltage ne leur convient pas. Ainsi, ils ne participent pas à la promotion du film. Au générique, Farhad Safinia est crédité sous le pseudonyme de P.B. Shemran. 

- Dis, donc Mel, tu es loin du confort de L'arme Fatale avec ce film... 

                                         - Steve, à la lettre T, tu trouveras le mot "Trahison"...

 

Malgré ce parcours un peu plus compliqué que d’accoutumé, il ne démérite pourtant face à un montage qui déplu à Mel Gibson et à son réalisateur et surtout mérite d’être vu pour ses multiples facettes. 

Son jeu d’acteur d’abord. 

 Dans le rôle du médecin schizophrène, Sean Penn livre un rôle de composition habité et remarquable qui rappelle, si tant est besoin de le faire, qu’il est l’un des acteurs les plus doués de sa génération. Il fallait bien la prestance de Mel Gibson face à lui. Loin d’en faire des caisses, l’acteur australien offre ici une interprétation tout en retenue et en subtilité, se mettant au diapason de son partenaire, formant du coup avec Penn un duo mémorable, en même temps qu’une très belle affiche. Mais le film ne se limite pas à sa paire de stars, car basé sur une histoire vraie, les évolutions personnelles de leurs personnages sont aussi tortueuses qu’inattendues.

« The Madman » (Sean Penn donc), incarcéré, connaitra une guérison, suivie d’une rédemption, en apportant son aide à la veuve de l’homme qu’il a assassiné, mettant je cite «  sa fortune et sa vie entre ses mains, il ne tient qu’à elle d'en faire ce qu’elle en veut ». Touchant une pension d’ancien combattant de l’armée américaine, cet exilé en Angleterre, William Chester Minor, reversa tout à Eliza Merret (Natalie Dormer) qui était dans la misère avec ses six enfants, permettant de les élever au fil des ans. L'actrice, découverte dans le rôle d'Ann Boylen, dans la série les Tudors, ne cesse de montrer la force de son jeu d'actrice, avec encore un rôle mémorable. La guérison de Minor, amorcée par ce premier pas, connaitra un bond rapide quand il apportera une  aide précieuse au « Professor »  (Mel Gibson), annotant des citations d’auteurs de chaque siècle, sur des mots qui seront répertoriés et classés par ordre alphabétique dans le premier dictionnaire créé par l’Université d’Oxford. Alors qu’il est toujours incarcéré, sa schizophrénie recule tant qu’il parvient à se concentrer sur ce travail de fourmi.

James Murray, lui, au départ professeur non diplômé, écossais de surcroît, autodidacte talentueux parlant plusieurs langues, sera embauché pour apporter sa méthode peu conventionnelle sur la création du dictionnaire qui peine à démarrer, et dont les premiers collaborateurs butent depuis des mois sur le symbolique mot « Art », tellement indéfinissable et vaste, pour être recensé sur plusieurs siècles. Murray montrera la voie à toute une génération de lexicologues, tout en étant conscient que le temps lui manquera pour terminer un ouvrage, traitant d’une langue toujours en perpétuelle évolution.

Leur association peu orthodoxe, une fois mise en lumière, secouera les conventions de l’époque et Oxford refusera dans un premier temps de créditer à l’ouvrage, la participation exceptionnelle de l’américain toujours considéré comme un criminel aux yeux de la justice anglaise.




Difficile de raconter la suite sans tout dévoiler, mais les thèmes universels de l’amitié et de l’amour, seront grandement de la partie et permettront à l’homme-fou de connaitre le pardon, en le considérant comme une victime de guerre, non responsable de ses actes.

Si reproches il y a, c’est sur ce montage des studios qui a sacrifié certains passages qui auraient mérité d’être plus développés, et de cette absence de dates, mis à part celle du départ, sur les moments clés, l’histoire se passant sur plusieurs années.

Mais l’ensemble reste malgré tout très regardable et touche la corde sensible du spectateur, entre vies brisées et renaissances, et donne furieusement envie de lire le livre pour combler les quelques trous de la version cinématographique.

« The Madman et The Professor » malgré son univers très littéraire nous entraine au-delà des mots pour nous plonger dans les sentiments, sans pathos, égratignant au passage la bonne société londonienne et les méthodes barbares de ses asiles psychiatriques, avec une interprétation de qualité, une reconstitution historique pointue et une photographie bien travaillée.

Du bel ouvrage. Plus léger qu’un dictionnaire mais tout aussi instructif.

 


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