Article de Frédéric SERBOURCE

C'est
incontestable, depuis un troisième opus qui a fait repartir la saga sur
de bons rails, les "Mission Impossible" sont devenus la meilleure
franchise de blockbusters d'action US, surpassant
l'ensemble de ses rivales qui pouvaient prétendre à ce titre si
convoité. Mais, à la sortie de chaque nouvel épisode, une question
revient inlassablement : comment vont-ils pouvoir surpasser le précédent
? En effet, chaque film semble atteindre un tel firmament de scènes
impressionnantes qu'il devient presque impossible de pouvoir en imaginer
de nouvelles pouvant les dépasser. Et, pourtant, à chaque fois, le
miracle se produit à l'écran : chaque nouvel épisode réussit le pari fou
de surclasser son prédécesseur en termes d'action et de séquences
absolument folles où Tom Cruise se démène comme un diable dans des
cascades de plus en plus spectaculaires. Une nouvelle fois réalisé par
Christopher McQuarrie, "Fallout" ne faillit pas à la règle et fait
passer les morceaux de bravoure de "Rogue Nation" (Ethan Hunt collé à un
avion en plein décollage, l'attentat à Vienne ou encore la poursuite en
moto au Maroc) pour un parcours d'obstacles destiné à des petits
chatons à trois pattes.
Avec l'arrestation de
Solomon Lane, Ethan Hunt pensait en avoir fini avec le Syndicat, cette
nation dissidente composée d'ex-agents prêts à tout pour établir un
nouvel ordre mondial à coups d'exterminations de masse. Pas de bol, les
anciens membres, devenus désormais les Apôtres, continuent leurs
activités anarchistes sous l'égide d'un nouveau venu, John Lark, et
préparent trois bombes nucléaires en guise de feu d'artifice final !
Flanqué d'un agent de CIA, August Walker (Henry Cavill), chargé de le
surveiller, Ethan se rend à Paris pour tenter d'intercepter Lark avant
qu'il ne parvienne à mettre la main sur le plutonium nécessaire à ses
plans funestes...
Au niveau de l'intrigue, "Fallout"
se présente comme une suite très directe de "Rogue Nation" (les
personnages de Rebecca Ferguson et Sean Harris y ont à nouveau une place
prépondérante) mais aussi, quelque part, comme une sorte d'épisode
ultime à la fois par le fait de mettre ses personnages réellement dans
l'urgence d'un danger de mort (on a vraiment le sentiment que tout le
monde peut y passer cette fois comme en témoigne l'ouverture à Berlin)
et en prenant la forme d'une sorte de pot-pourri de tout ce qui a fait
la solidité scénaristique de la saga. Évidemment, sur un plan global, on
nage en terrain plus que familier, les balises habituelles de "Mission
Impossible" sont bel et bien présentes avec les changements de pays en
fonction de retournements de veste parfois prévisibles et le tout va
s'acheminer à empêcher une nouvelle fois une explosion nucléaire
dantesque dans les dernières minutes mais l'essentiel n'est pas là.
L'habileté de ce nouveau film réside avant tout dans les stratagèmes mis
en place par une nébuleuse de personnages poursuivant chacun leur
propre objectif en orbite autour des piliers formés par Ethan Hunt et
son équipe qui vont tout faire pour les contrecarrer avec une
ingéniosité jamais avarde de mini-twists. Rarement un "Mission
Impossible" n'aura fait s'affronter autant d'intérêts personnels
antagonistes pour chercher à faire naître la surprise de leurs
interactions et élargir toujours plus le champ d'une intrigue dont on
croit pourtant connaître tous les ressorts.
Ajoutez à cela une dimension
émotionnelle non négligeable apportée par les jolis yeux embués du
personnage de Rebecca Ferguson (encore meilleure que dans le précédent)
sur celui d'Ethan Hunt dont elle découvre peu à peu l'humanité et les
failles ou l'opposition virile inédite entre Hunt et August Walker, une
sorte de miroir juvénile et brutal du héros, et vous obtiendrez sans
aucun doute un des épisodes de la franchise qui fourmille le plus de
propositions nouvelles dans un cadre et une formule pourtant bien
établis.

Bien entendu, impossible de ne pas aborder
les séquences d'action toutes aussi démentes les unes que les autres.
Après un début étonnamment calme préférant installer les évènements à
venir, l'arrivée tonitruante de Hunt à Paris pour une grande partie du
film marque enfin le début des hostilités ! D'une scène incroyable de
baston aux toilettes à la folle course-poursuite dans les rues de la
capitale pour ne citer qu'elles, l'excursion française de l'agent Hunt
prend de sérieux airs de sommet de la franchise toute entière avec une
véritable générosité à tirer profit de toutes les spécificités que lui
offre le decorum parisien ! Un vrai régal qui nous laisse à peine le
temps de respirer avant de nous envoyer gambader sur les toits
londoniens dans une course contre la montre haletante où l'on reconnait
sans mal la scène qui a valu une cheville brisée à Tom Cruise.
Seul
petit hic, aux trois quarts de sa durée, "Fallout" connaît un petit
temps mort avant de se lancer dans son dernier acte qui nous fait
réaliser son imposante durée (2h30, le plus long de la saga) mais, comme
pour s'en faire pardonner, ce sixième film nous offre tout simplement
la dernière partie la plus démentielle que l'on ait vu dans un "Mission
Impossible" avec notamment une poursuite en hélicoptères qui restera
dans les annales du genre, rien que ça.
"Fallout"
est un modèle de ce que peut nous offrir de mieux le cinéma d'action
américain. Ni plus, ni moins. Et autant par cette faculté à renouveler
les ingrédients qui composent sa formule bien connue pour une offre à
chaque fois différente que par sa capacité à repousser les limites du
spectaculaire devenu sa marque de fabrique. "Comme d'habitude." nous
dira Ethan Hunt. Oui, comme d'habitude, Ethan, et avec la manière qui
plus est ! Vivement le septième !
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Article complémentaire Wilfrid RENAUD
A
mes yeux, depuis quelques années, Tom Cruise et son personnage, Ethan
Hunt, se servent de paillasson de la franchise James Bond et possèdent
dans une urne funéraire les cendres de Jason Bourne, car la saga
Mission Impossible a trouvé depuis le troisième épisode une vitesse de croisière qui ne va qu'en s'amplifiant.
Suite directe de MI :Rogue Nation du même réalisateur, on retrouve, des
personnages emblématiques incarnés par Rebecca Ferguson et Sean Harris,
plus un méchant très imposant en la personne d'Henry Cavill qui sont
loin de servir de faire-valoir à la star Cruise, chaque acteur et
personnage jouant largement sa part dans l'histoire. Bref on est à des
kilomètres du coté narcissique et détestable de l'épisode 2 réalisé par
John Woo (le pire de la franchise).
Ici, menace nucléaire en vue,
méchants anarchistes, trahisons à tiroirs et cascades de haut vol. La
routine ? Pas vraiment. Ce Fallout possède des enjeux dont le taux de
réussite n'a jamais été aussi proche de zéro. Ce qui lui confère un coté
"too much" et quelques invraisemblances au niveau du timing Le compte à
rebours d'une bombe n'a jamais été autant "ralenti "pour entretenir les
séquences d'actions, du moins dans cette franchise. Toutefois, on peut voir ces dernières scènes en montage alterné, d'où un "effet de ralentissement" pour être un peu moins pointilleux mais il aurait été bien que McQuarrie le précise par une astuce afin qu'il n'y ait pas de confusion.
Néanmoins le spectacle étant total et l'efficacité imparable, on passe assez facilement sur ces petits défauts.
A titre comparatif, mon préféré reste tout de même Rogue Nation.